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Cap21/LRC Toulouse

Articles avec #echos du reseau lercitoyen

#ParlonsVrai : changement d’époque

26 Janvier 2017, 13:42pm

Publié par Corinne Lepage

#ParlonsVrai : changement d’époque

L’impunité des politiques et leurs règles du jeu hors sol ont vécu.

Hormis les ministres tant qu’ils continueront à bénéficier de la mansuétude de la Cour de Justice de la République -l’exemple de Christine Lagarde est à cet égard accablant- les autres élus ne bénéficient plus d’aucune faiblesse de la part des juridictions de droit commun. Claude Guéant condamné à deux ans de prison en appel dont un ferme, soit une sanction plus sévère que en première instance, le député Giacobbi condamné à trois ans de prison ferme, sont des témoignages d’une volonté de la justice de passer.

Ce sujet de l’impunité qui participe de la colère de la société civile et de son rejet du politique est majeur. Et, que la justice s’impose dans des conditions comparables à la délinquance en col blanc comme à la délinquance de droit commun est d’intérêt général. Il ne reste plus qu’à augmenter suffisamment le nombre de magistrats et d’enquêteurs pour permettre aux affaires d’être instruites dans des délais raisonnables. Mais le changement ne s’arrête pas là. L’affaire des assistants parlementaires du FN qui a pris de l’ampleur au niveau du Parlement européen soulève à la fois la question du népotisme (emploi de Monsieur Alliot, compagnon Madame Le Pen ce qui est interdit par les règles communautaires) et la question de l’effectivité puisque certains des assistants n’ont jamais eu de fonctions en rapport avec le Parlement européen. Il va de soi que l’affaire Fillon soulève les mêmes questions. Il est effectivement légal en France, ce qui n’est pas le cas en Europe, qu’un député européen emploie un membre de sa famille. C’est légal, mais est-ce moral ? Visiblement, ce qui passait aisément dans l’opinion publique française ne passe plus. Cette possibilité que les députés et sénateurs se reconnaissent à eux-même n’existe pas -sauf exception rarissime-dans la sphère privée où la compétence est un critère majeur et où le népotisme est très mal vu. La seconde question qui est celle de la réalité du travail est d’une autre nature puisqu’elle renvoie au sujet des emplois fictifs qui, eux, ne sont pas légaux. Même si François Fillon apporte la preuve d’un travail effectif de son épouse en tant qu’assistante parlementaire (preuve que son suppléant qui l’a rémunérée devrait également apporter) il n’en resterait pas moins un malaise. Ce malaise vient du sentiment qui est aussi une réalité que les politiques se créent les règles du jeu qui leur conviennent et qui ne correspondent pas à ce que les Français considèrent aujourd’hui comme normal. Compte tenu de la personnalité de François Fillon, le sujet de mineur devient majeur.

La société civile est en train d’imposer à sa classe politique un changement fondamental des règles du jeu. Le temps où la classe politique pouvait être hors sol est révolu.

 

 

Vous connaissez mes engagements politiques, mais ma vie ne se limite pas à de la politique politicienne. Avocate, j’ai plaidé dans de nombreuses affaires liées à la défense de notre environnement. A travers de nombreux ouvrages j’ai décrypté le monde tel qu’il est et proposé des solutions pour améliorer certes notre environnement, mais aussi les conditions de vie de ceux qui le peuplent, de tous ceux qui espèrent mieux y vivre, de vous, de moi, de nous citoyens.

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Les trois "embrouilles" des défenseurs de la centrale de Fessenheim

26 Janvier 2017, 10:12am

Publié par Corinne Lepage

KRUKOF2

KRUKOF2

 

La communication qui a été faite de l'accord qui aurait été donné par le conseil d'administration d'EDF à la fermeture de Fessenheim ne correspond en rien à la réalité.

 

Tout d'abord, Fessenheim ne fermera pas au cours du quinquennat de François Hollande. Ce n'est pas un scoop car, dès 2013, après que Delphine Batho ait soutenu devant le conseil d'État la thèse de EDF et ainsi obtenu un arrêt du conseil d'État jugeant qu'il n'y avait aucun risque à Fessenheim, la messe était dite. Elle l'était définitivement après que le gouvernement ait refusé de se donner les moyens d'appliquer sa politique énergétique et de décider de la fermeture des centrales nucléaires qu'il jugeait utile pour atteindre l'objectif qu'il se fixait. Aujourd'hui, le dernier espoir que devait avoir le président Hollande de pouvoir se prévaloir d'un projet de fermeture disparaît, le conseil d'administration d'EDF ayant remis à un conseil d'administration ultérieur, la décision de déposer une demande de fermeture en bonne et due forme. En effet, le prétendu avis favorable n' en est pas un puisqu'il est assorti de conditions dont la réalisation est renvoyée à après l'élection présidentielle.

 

En second lieu, aucun accord n'a été donné par le conseil d'administration contrairement à ce qui a été publiquement indiqué. En effet, au terme d'un marchandage aussi scandaleux sur le plan politique sur le plan de la sécurité, le conseil d'administration d'EDF subordonne le dépôt d'une demande de fermeture à la délivrance de 2 autorisations qui ne devraient pas l'être. La première concerne Paluel. Cette centrale a été victime d'un accident très grave puisque un générateur de vapeur dont la chute était selon EDF impossible, est effectivement tombé sur le réacteur. La centrale ayant été arrêtée depuis mai 2015, si elle n'a pas redémarré en mai 2017, son redémarrage nécessite une nouvelle autorisation. Celle-ci devrait faire l'objet d'une procédure complète ce que veut absolument éviter EDF puisqu' elle nécessite une étude d'impact et une enquête publique. EDF veut donc une autorisation de redémarrage avant cette date. Et EDF surtout veut faire l'économie de toute procédure publique ce qui apparaît comme totalement illégal compte tenu de la gravité de l'accident qui est survenu. La même pression est exercée sur Flamanville dont l'autorisation vient à expiration en avril 2017. Une nouvelle autorisation est donc nécessaire et devrait être soumise, sauf dérogation, à une procédure complète ce que là aussi EDF veut éviter. C'est la raison pour laquelle le conseil d'administration a subordonné le dépôt d'une demande de fermeture de Fessenheim à une double violation de la loi au bénéfice de Paluel et Flamanville.

 

Enfin, la question de l'indemnisation mérite d'être posée. En effet, il se pourrait bien que nous soyons en face d'une situation qui celle de l'arroseur arrosé. En effet, pour pouvoir prolonger ad aeternum ses centrales, EDF avance toujours l'argument selon lequel la loi française ne prévoit aucune durée pour la vie des centrales nucléaires. C'est exact et pose problème dans la mesure où les décisions données par l'ASN tous les 10 ans ne sont pas analysés par le conseil d'État comme des autorisations de prolongation de la durée de vie mais comme de simples avis. Mais, si les autorisations ne sont pas fixées dans le temps, alors EDF ne peut prétendre à aucun droit à indemnisation pour quelque durée que ce soit puisque précisément il n'existe pas de délai.

 

On ne peut pas en même temps prétendre que les décisions de l'ASN qui interviennent tous les 10 ans ne prolongent pas la durée de vie pour 10 ans et en même temps prétendre qu'elles donnent un droit à fonctionner pendant 10 ans. Autrement dit, sur un plan strictement juridique, le droit à indemnisation d'EDF est éminemment contestable.

    Cerise sur le gâteau, Ségolène Royal a prétendu le 25 janvier au micro de Jean-Jacques Bourdin que de toutes façons EDF ne pourrait plus prélever de l'eau pour faire fonctionner la centrale car les normes avaient changé. C'est vraiment un comble . En effet, l'ASN a délivré en 2016 à EDF des autorisations de rejet et de prélèvements d'eau totalement dérogatoires à toutes les normes, c'est-à-dire en réalité parfaitement illégales tant au niveau du droit français que du droit communautaire. Dès lors, oser prétendre que la loi sur l'eau serait appliquée à EDF et à Fessenheim relève vraiment de la « réalité alternative » mise à la mode par Donald Trump.

     

    Quelles leçons tirer de cette situation?

    • La première évidemment est simple: l'État est dans l'incapacité d'imposer son choix en matière de politique énergétique. C'est EDF qui décide de tout alors que l'État est actionnaire à hauteur de 85 % et que c'est lui qui fixe les règles du jeu. Cela signifie que la loi sur la transition énergétique, en ce qui concerne la baisse de la part du nucléaire dans le mix énergétique relève du marchand de sable, de la poudre aux yeux et de la communication qui ne cherche même pas être convaincante. Si l'État est incapable d'imposer la fermeture d'une centrale vieillissante et critiqué dans toute l'Europe comme dangereuse, comment pourrait-il imposer un changement de politique énergétique.

    • La seconde est tout aussi évidente: EDF est prête à tout pour obtenir le feu vert sur Flamanville. La pression qu'est exercée sur l'Etat à travers la non décision du conseil d'administration est exercée de manière encore plus forte sur le président de l'autorité de sûreté nucléaire. La presse regorge d'articles sur le dénigrement systématique exercé sur cette autorité par le lobby nucléaire, de manière à obtenir contre vents et marées une autorisation pour Flamanville qui ne devrait jamais être donnée.

    • Plus que jamais, contrairement à la Une du journal l'Express, le nucléaire ne doit pas être sauvé parce qu'il ne peut pas l'être sans entraîner notre pays dans une spirale infernale. Le jour où le scénario Negawatt confirme le rapport de l'Ademe sur la faisabilité d'un scénario renouvelable à 100% en 2050, ou l'Ademe elle-même confirme la rentabilité la compétitivité des énergies renouvelables, il est plus que temps de gérer sur la durée le parc nucléaire tel qu'il existe aujourd'hui en fermant progressivement les centrales les plus exposées au risque. Nous avons le temps de permettre au personnel d'EDF de se former aux techniques du démantèlement pour ceux qui voudraient rester dans la filière nucléaire, aux techniques de la maintenance pour la mise à l'arrêt des réacteurs pour ceux qui souhaiteront rester dans les centrales existantes, aux techniques du renouvelable tous ceux qui voudraient accéder aux nouvelles technologies. Nous avons le temps de programmer une reconversion au voisinage des sites concernés pour permettre le maintien d'une activité locale. Mais, plus nous attendrons, plus EDF sera confronté à la falaise financière dont le président de l'ASN a dit récemment qu'elle posait désormais problème en terme de sécurité. Plus nous attendrons, plus les énergies renouvelables et les techniques de sobriété et d'efficacité énergétique se développeront, seront compétitifs et seront entre les mains de sociétés étrangères. Plus nous attendrons, plus la révolution énergétique avancera et moins nous serons à même d'assurer notre autonomie énergétique, le développement de nos propres marchés et notre compétitivité économique puisque l'énergie française deviendra une des plus chère du monde. Il est plus que temps d'agir en regardant l'avenir et non le passé.

    Corinne Lepage

    Avocate, Ancienne députée européenne Cap21,

    ancienne ministre de l'Environnement

     

    Source : Huffington Post

    http://www.huffingtonpost.fr/corinne-lepage/les-trois-embrouilles-des-defenseurs-de-la-centrale-de-fessenh/

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    Corinne Lepage : « Voici pourquoi je soutiens Emmanuel Macron »

    25 Janvier 2017, 15:07pm

    Publié par Corinne Lepage

    Corinne Lepage : « Voici pourquoi je soutiens Emmanuel Macron »

    Présidente de Cap21/Le Rassemblement citoyen, Corinne Lepage a rallié la candidature à la présidentielle d’Emmanuel Macron, pourtant peu connu pour son intérêt en faveur de l’écologie. Dans cette tribune, elle détaille les trois raisons qui l’ont menée à faire ce choix.


    Certains de mes amis écologistes se sont interrogés, voire, ont contesté notre choix (car il s’agit d’un choix collectif de Cap21/Le Rassemblement citoyen) de soutenir à la présidentielle Emmanuel Macron. Il est en effet clair que le vote en faveur de Yannick Jadot, même si je me suis violemment opposée à la stratégie des Verts qui ont repris le contrôle de la structure EELV, pouvait paraître naturel dans la mesure où, sur les questions écologiques (mais pas nécessairement sur les autres), nous partageons le même constat. Et même davantage, puisque Yannick Jadot a repris la thèse que nous soutenons à CAP21 depuis 20 ans, celle du mariage de l’économie et de l’écologie.

    Ce n’est pas le choix que nous avons fait, et ce pour trois raisons. La première est la plus évidente. Notre premier souci est d’éviter une présidence Le Pen ou une présidence Fillon. Or, il n’y a qu’un candidat aujourd’hui en capacité de parvenir au deuxième tour, même si cela reste encore difficile : c’est Emmanuel Macron. Dès lors, à nos yeux, tout doit être fait pour lui permettre de battre si possible Marine Le Pen (plutôt que François Fillon) et d’être au deuxième tour de la présidentielle pour gagner.

    La deuxième raison est de l’ordre de l’adhésion. Voilà 20 ans que notre mouvement plaide en faveur d’un dépassement du clivage droite/gauche en fonction du positionnement à l’égard des enjeux du XXIe siècle, caractérisé par la double révolution environnementale et numérique à laquelle s’ajoute aujourd’hui la question du terrorisme. Voilà presque aussi longtemps que notre mouvement plaide en faveur d’une reprise en main par les citoyens de leur destin et d’une montée en puissance de la société civile dans le monde politique. Personnellement, j’ai écrit plusieurs ouvrages dont Les Mains propres : plaidoyer pour la société civile au pouvoir, paru en 2014, pour expliquer les ravages de la professionnalisation de la politique et la nécessité d’ouvrir largement à d’autres le Parlement, même le gouvernement. C’est dans la même logique que nous avons constitué en janvier 2016 la primaire des Français, rassemblant des associations et mouvements allant du centre-droit à la gauche pour favoriser précisément une candidature de la société civile. Dès lors, même si certains peuvent se gausser du parcours d’Emmanuel Macron, passé par l’ENA et par la banque, son projet et sa volonté s’inscrivent parfaitement dans notre logique. Du reste, le fait de s’engager à ce que la moitié au moins des candidats au Parlement présentés par En Marche [le mouvement de M. Macron] n’aient jamais eu auparavant de mandat parlementaire en est l’illustration. Dès lors, que ce soit sur le positionnement politique, libéral social ou sur la redistribution de pouvoir vers la société civile, nous sommes sur la même longueur d’onde.

    C’est un homme qui sait écouter et changer de position s’il est convaincu

    La troisième raison tient à la personne d’Emmanuel Macron et l’espoir que je porte de pouvoir le faire évoluer sur les sujets environnementaux et sanitaires. Il n’y a pas aujourd’hui de candidats, hormis peut-être dans une moindre mesure Jean-Luc Mélenchon, en capacité de susciter l’enthousiasme, l’adhésion, l’espérance. La mobilisation dans les meetings, sans que les moyens habituels mis par les partis politiques pour remplir les salles (trains, cars, sandwiches, etc.) qui du reste se remplissent de moins en moins, atteste de cette force de conviction qui l’anime et de sa capacité en particulier à rassembler les jeunes. Certes, Emmanuel Macron n’est pas un écologiste et ses choix et sorties en tant que ministre de l’Économie sur le diesel ou le nucléaire ne plaident pas en sa faveur. Mais, c’est un homme qui sait évoluer, écouter et changer de position s’il est convaincu.

    La constitution du projet qui se fait aujourd’hui au sein des groupes de travail témoigne, d’une part, de la diversité de ses soutiens et, d’autre part, d’une compréhension des enjeux écologiques et sanitaires ainsi que climatiques et, par voie de conséquence, de la nécessité absolue de faire de la transition écologique un axe majeur du programme. Mes efforts et ceux de mes amis, souvent experts dans les domaines environnementaux et énergétiques, consistent précisément à essayer de peser pour que le programme corresponde au mieux aux nécessités et aux réalités auxquelles nous exposent les drames écologiques et sanitaires contemporains. Plus nous serons nombreux à peser en ce sens et mieux nous pourrons pousser dans la bonne direction.

    Telles sont les raisons qui m’ont conduite à faire le choix que j’ai fait et à le proposer à Cap21/Le Rassemblement citoyen, qui l’a accepté. Il y a bien sûr, comme dans tout choix, une part d’aléa que je mesure et que j’assume. Mais, je suis convaincue que le jeu en vaut la chandelle parce que la fougue et la force de conviction d’Emmanuel Macron, l’espoir qu’il suscite sont le meilleur rempart contre le Front national.

     

    Corinne Lepage est présidente de Cap21/Le Rassemblement citoyen.

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    Corinne Lepage.

     

    Source : Reporterre

    https://reporterre.net/Corinne-Lepage-Voici-pourquoi-je-soutiens-Emmanuel-Macron

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    #ParlonsVrai : Fessenheim, stop ou encore ?

    24 Janvier 2017, 11:07am

    Publié par Corinne Lepage

    La centrale de Fessenheim

    La centrale de Fessenheim

    Aujourd’hui, le conseil d’administration d’EDF doit statuer sur l’acceptation ou non de l’indemnisation prévue pour la fermeture de Fessenheim. On croit rêver ! En réalité, le gouvernement a tout faux depuis le début sur la question de Fessenheim et la question de la dangerosité est parfaitement mal posée. Depuis le début, le gouvernement a tout faux, dans la mesure où la question de la sûreté et la question du changement de politique énergétique ont été mélangées.

    En effet, l’annonce de la fermeture d’une centrale nucléaire, en l’espèce Fessenheim, devait être le premier acte concret du changement de politique énergétique de la France et le premier acte symbolique de la réduction de la part du nucléaire dans le mix énergétique. Poser la question sous cette forme permet de comprendre la bataille menée par EDF et de manière plus générale le lobby nucléaire pour s’opposer à tout acte concret qui pourrait suggérer un changement dans le mix énergétique. Quoiqu’il en soit, ayant décidé de réduire la part du nucléaire à 50 % en 2025, le gouvernement par la même décidait de la fermeture de 15 à 17 réacteurs selon la Cour des Comptes. Pour arriver à ce résultat, il est évident qu’il fallait commencer au cours du présent quinquennat cette nouvelle politique. C’est un choix politique et il devait donc s’imposer comme tel.

    Autrement dit c’était à l’État d’imposer à EDF la fermeture des réacteurs qu’il avait décidée, la question de l’indemnisation ne devant en réalité se poser que pour les actionnaires étrangers dont il semblerait de surcroît qu’ils étaient prêts à ne rien demander. De plus, la position d’EDF de réclamer une indemnisation est d’autant plus choquante que dans le même temps elle refuse de payer les dividendes dus à l’État pour 2016 soit plus de 2 milliards d’euros et réclame une recapitalisation à hauteur de plusieurs milliards. Elle est donc particulièrement malvenue à exiger, en raison d’un choix énergétique de l’État une indemnisation. La question de l’emploi pouvait naturellement être évoquée sauf que la fermeture de Fessenheim n’implique évidemment pas la perte d’emplois de ceux qui travaillent puisque la maintenance et tous les travaux nécessaires à la mise à l’arrêt puis à la procédure des démantèlements justifient bien évidemment de très nombreux emplois. Personne ne s’est jamais donné le mal d’apprécier réellement le nombre d’emplois concernés et la capacité d’EDF de reclasser ces personnels dans les autres centrales nucléaires, voire de les former pour leur permettre d’accéder à des emplois dans les énergies renouvelables ,secteur infiniment plus propice à l’employabilité. Mais ce n’est pas la voie choisie par le gouvernement qui a décidé de s’en remettre à EDF pour décider de la fermeture des centrales nucléaires. Ce choix absurde conduit à demander à une entreprise et ses salariés à se faire hara-kiri, ce qui n’a aucun sens. Ce choix est un choix de la Nation et il doit donc être imposé à EDF.

    Mais le choix de Fessenheim n’était pas un hasard. Non seulement cette centrale comporte des risques intrinsèques liés à sa situation (risque sismique auquel s’ajoute un risque d’inondation, lesquelles peuvent être cumulées), mais de surcroît, sa sûreté et sa sécurité sont en cause. En effet, cette centrale qui est la plus vieille, n’a pas de double enceinte de confinement, n’a pas de tour de réfrigération, pollue l’eau en dehors de toute limite légale (de telle sorte qu’il a fallu attendre 2015 pour qu’elle dispose d’un arrêté de rejet liquide chimique qui n’est qu’une somme de dérogations). À cela s’ajoute un défaut récemment constaté sur le générateur de vapeur du réacteur numéro deux à la suite des malversations commises au Creusot et qui ont donné lieu à une saisine du parquet par l’autorité sûreté nucléaire. Ceci explique qu’un des deux réacteurs ait été mis à l’arrêt. S’ajoutent à cela des demandes réitérées du gouvernement allemand de fermer cette centrale et le fait qu’elle est considéré comme le symbole d’une centrale dangereuse par les parlementaires européens qui siègent à Strasbourg. Certes, l’autorité de sûreté nucléaire a non pas prolongé la durée de vie de la centrale puisqu’en droit français aucune durée de vie n’est fixée, mais fixé de nouvelles prescriptions après la troisième visite décennale. Elle n’a pas non plus demandé l’arrêt définitif de la centrale mais seulement l’arrêt d’une des deux tranches pour les raisons ci-dessus indiquées. Quoiqu’il en soit ,la confusion entre l’une et l’autre de ces deux raisons conduit à la situation ubuesque actuelle.

    De toute façon, et quelle que soit la décision prise aujourd’hui, Fessenheim ne sera pas fermée avant la fin de quinquennat pour la simple et bonne raison qu’une procédure de fermeture dure environ deux ans. EDF déposera peut-être une demande de fermeture mais l’autorisation de fermer ne peut intervenir avant 2019…. Et une demande peut toujours être retirée… bref, Monsieur Lévy a joué la montre. Mais, contrairement à ce qu’il croit, le temps joue contre lui.

    Le nucléaire est de moins en moins rentable, de plus en plus dangereux du fait de la vétusté et de la capacité d’EDF à faire face à ses obligations. Monsieur Chevet, président de l’autorité de sûreté nucléaire, a lui-même affirmé lors de ses vœux l’inquiétude qui était la sienne devant les difficultés d’EDF à faire face à ses obligations pour des raisons financières. Si tel est le cas, alors la sûreté n’est plus assurée et les conséquences doivent en être tirées.

     

     
    Vous connaissez mes engagements politiques, mais ma vie ne se limite pas à de la politique politicienne. Avocate, j’ai plaidé dans de nombreuses affaires liées à la défense de notre environnement. A travers de nombreux ouvrages j’ai décrypté le monde tel qu’il est et proposé des solutions pour améliorer certes notre environnement, mais aussi les conditions de vie de ceux qui le peuplent, de tous ceux qui espèrent mieux y vivre, de vous, de moi, de nous citoyens.

     

     

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    #ParlonsVrai : nous, pauvres humains !

    23 Janvier 2017, 09:38am

    Publié par Corinne Lepage

    #ParlonsVrai : nous, pauvres humains !

    Au lendemain des primaires de la Gauche qui dessinent – sauf imprévu – la campagne présidentielle, le sort des humains que nous sommes parait être devenu bien secondaire.

    Alors que la France est noyée dans un nuage de pollution sans précédent, contre lequel il faut bien le reconnaître, les pouvoirs publics sont largement impuissants, alors qu’on nous annonce la disparition des grands singes dans les 25 prochaines années, alors que notre système énergétique est en réalité à bout de souffle, l’écologie dans son expression politique ne s’est jamais aussi mal portée. Malgré des prestations excellentes, François de Rugy plafonne à 3 % des votes et Yannick Jadot ne décolle pas des 2 % qui lui sont promis.

    Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon ont indéniablement intégré la dimension écologique dans leur programme mais ce programme est un programme d’extrême-gauche totalement irréalisable dans le monde actuel. À l’opposé, François Fillon fait du principe de précaution l’alpha et l’oméga de la relance économique de la France, du tout nucléaire le symbole de sa puissance et conçoit la croissance économique comme on pouvait le faire dans les années 60.

    Emmanuel Macron peut, s’il le veut, réaliser pour l’économie et l’écologie, le dépassement qu’il a été en capacité de proposer pour la droite et la gauche. Cela impliquera bien évidemment que le candidat la présidentielle puisse évoluer par rapport aux positions défendues par le ministre de l’économie mais il ne peut y avoir de modernité sans que la question écologique soit portée au même niveau que la question digitale pour la bonne et simple raison que ce sont les deux révolutions qui transforment le monde contemporain.

    Il ne sert à rien de chercher à développer les emplois, de s’attaquer aux comptes publics et à améliorer les conditions matérielles de vie si dans le même temps, nos concitoyens sont de plus en plus malades (un cinquième d’entre eux sont aujourd’hui en affection de longue durée), si l’espérance de vie stagne ou se réduit et si en conséquence, les coûts des comptes sociaux ne peuvent que se dégrader.

    Il ne sert à rien de prétendre créer des emplois si on refuse de constater que les énergies renouvelables en procurent beaucoup plus que les énergies fossiles ou nucléaires et que les marchés de demain sont ceux des Smart grid, de la décentralisation énergétique, de l’autoconsommation et non d’infrastructures centralisées, fragilisées et dangereuses.

    De même, il ne sert à rien de disserter sur le contrôle des frontières et les questions d’immigration si tout n’est pas fait pour lutter contre le dérèglement climatique et la désertification qui jette des dizaines de millions de personnes chaque année sur les routes et expose l’Europe à l’arrivée de centaines de millions d’Africains.

    Quels qu’aient pu être les torts des écologistes, les énervements ou l’agressivité qu’ils ont provoquée, le sujet est sur la table et ne peut être traité comme il l’a trop souvent été, par de la communication, des effets de manches, des allers-retours, des dénis. Le temps est venu de se souvenir qu’avant d’être citoyen chacun de nous est humain, responsable à ce titre de sa vie et de celle des autres.

     

     

    Corinne Lepage

    Vous connaissez mes engagements politiques, mais ma vie ne se limite pas à de la politique politicienne. Avocate, j’ai plaidé dans de nombreuses affaires liées à la défense de notre environnement. A travers de nombreux ouvrages j’ai décrypté le monde tel qu’il est et proposé des solutions pour améliorer certes notre environnement, mais aussi les conditions de vie de ceux qui le peuplent, de tous ceux qui espèrent mieux y vivre, de vous, de moi, de nous citoyens.

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