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Cap21/LRC Toulouse

Articles avec #echos du reseau lercitoyen

Le 49-3 doit-il être supprimé ?

6 Juillet 2016, 09:04am

Publié par Corinne Lepage

Le 49-3 doit-il être supprimé ?

 

Le recours par le gouvernement au 49-3 pour faire voter au forceps la loi travail pose une nouvelle fois la question de la légitimité de cette disposition. En réalité, c'est davantage l'implosion de l'actuelle majorité que le recours au 49-3 qui pose problème.

Michel Rocard, au sujet duquel et à juste titre aucune louange n'a manqué, y a recouru plus d'une centaine de fois sans que cela ne pose réellement difficulté. Cette situation s'explique par le fait qu'en 1988, le parti socialiste n'avait pas la majorité et avait donc constitué une majorité avec les centristes. Il n'était donc pas surprenant qu'il ait fallu recourir à de nombreuses reprises au 49-3 puisque précisément les sujets de discorde entre deux mouvements politiques différents ne manquaient pas. Cet article permettait donc de savoir s'il existait toujours une majorité gouvernementale dont l'intérêt du maintien était supérieur à celui de l'opposition à tel ou tel texte.

La très grande difficulté du recours par Manuel Valls au 49-3 tient précisément au fait que le parti socialiste dispose sur le papier d'une majorité absolue et que, par voie de conséquence, la question de la majorité gouvernementale ne devrait pas se poser. Le 49-3 n'est donc en fait que l'illustration d'une implosion potentielle du parti socialiste qui ne se produit pas... en raison de l'intérêt supérieur des investitures à venir. C'est précisément en raison de la minorité politique de fait du gouvernement au regard de ses choix que se pose la question du passage en force d'une loi qui pourtant ne devrait pas être minoritaire à l'Assemblée nationale.

En effet, au-delà des moulinets communicationnels des républicains, la loi travail, même rendue plus light, s'inscrit parfaitement dans la philosophie de ce parti politique et elle trouve sa source dans le rapport Attali qui avait été remis en 2007 à Nicolas Sarkozy. Sans doute, le texte voté par le Sénat va-t-il beaucoup plus loin dans la remise en cause "des acquis sociaux" (mais les acquis sociaux des uns peuvent constituer des impossibilités d'acquis sociaux pour les autres et d'autres acquis sociaux peuvent aussi naître de ce texte). Pour autant, la philosophie générale reste la même. Or, si la droite avait assumé ses options économico-sociales au lieu de privilégier une posture politicienne d'opposition par principe au gouvernement, la question du 49-3 ne se serait pas posée car il y aurait eu une majorité.

En définitive, ce n'est pas tant la disposition constitutionnelle qui pose problème que le fonctionnement aberrant de nos partis politiques qui, pour des raisons internes et politiciennes, font systématiquement prévaloir leurs intérêts internes sur leur conception de l'intérêt général appliqué à tel ou tel texte.

Dès lors, s'il y avait une réforme à faire, ce serait très certainement celle des partis politiques et de leur fonctionnement avant celle de la Constitution. Il est tout à fait vrai que le 49-3 est destiné à contraindre les parlementaires à voter un texte voulu par le gouvernement. Il ne porte pas en lui-même l'impossibilité du débat préalable; c'est en réalité par une forme de perversion que la question du 49-3 est évoquée dès le début de la discussion parlementaire afin de bloquer celle-ci.

Il peut tout à fait intervenir en fin de débat ouvrant ainsi la possibilité aux députés de modifier les dispositions qu'ils souhaitent. D'autre part, dans une hypothèse souhaitable dans laquelle la proportionnelle serait introduite, l'utilité du 49-3 pour maintenir une stabilité gouvernementale serait évidente.

Dans ces conditions, la question du maintien du 49 -3 peut certes être soulevée. Mais c'est bien davantage celle des postures, de la professionnalisation de la vie politique et de la conception du mandat comme un métier justifiant toutes les bassesses pour obtenir son investiture, et plus généralement des dérives de la partitocratie qui devrait être prioritaire.

C'est également la question de la légitimité d'un pouvoir, certes légalement élu, mais qui ne dispose plus que d'une infime base politique qui est posée, c'est-à-dire celle des conditions d'exercice du pouvoir et de son contrôle.

 

 

Avocate, Ancienne députée européenne Cap21, ancienne ministre de l'Environnement

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Salon mondial du nucléaire : jusqu'où va aller le déni français ?

29 Juin 2016, 07:25am

Publié par Corinne Lepage

Le site nucléaire de Nogent-sur-Seine, le 5 décembre 2011

Le site nucléaire de Nogent-sur-Seine, le 5 décembre 2011

LE PLUS. La deuxième édition du "World nuclear exhibition", salon mondial de référence en matière d'énergie nucléaire, vient de s'ouvrir au parc des expositions du Bourget. Un événement complètement déconnecté de la réalité, dénonce Corinne Lepage, eurodéputée EELV.

Édité par Rozenn Le Carboulec

 


Ce 28 juin s’ouvre une grand-messe organisée par Areva et EDF et qualifiée de "l’événement mondial de référence de la filière du nucléaire civil". Il ne faut pas avoir peur, quand on est l’auteur de fiascos commerciaux et financiers de l’ampleur de ceux qu’ont produit Areva et EDF, d’oser organiser une telle manifestation. Si un prix hors catégorie devait être décerné à l’aplomb illimité, nul ne peut douter que les Laurel et Hardy du nucléaire l’obtiendraient.

Mais, malheureusement la situation n’est pas comique, elle est tragique pour notre pays, son image, ses finances, son industrie autre que nucléaire.

Le retard abyssal de la France

Alors que partout dans le monde, les entreprises énergétiques se retirent du fissile et demain des fossiles, EDF et Areva, à l’instar des entreprises des pays à économie étatique comme la Chine, la Russie ou la Corée du Nord, continuent à parier sur le nucléaire, mieux sur le tout nucléaire !

Ceci explique le retard abyssal de la France en matière d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables, son incapacité à atteindre ses engagements communautaires en 2020 et l’impossibilité de mener à bien une politique énergétique à l’échelle européenne.

Une situation financière préoccupante

La situation financière catastrophique dans laquelle se trouvait notre filière au début de l’année est connue et a conduit le directeur financier d’EDF à démissionner en raison de la mise en péril d’EDF si la décision de construire Hinkley Point était finalement prise. 40 milliards de dettes, 50 milliards prévus pour une opération de grand carénage dont la Cour des comptes considère qu’elle coûtera 100 milliards, 25 milliards minimum pour l’opération de Bure – probablement 35 – sans compter le coût du démantèlement remis au XXIIe siècle.

Les mises en demeure et mise en garde de l’autorité de sûreté nucléaire, dont les moyens ont été volontairement limités par le gouvernement, n’y changent rien. Cette situation est bien entendu très préoccupante sur le plan financier ; elle l’est tout autant sur le plan de la sûreté et encore plus sur le plan démocratique.

Nos décideurs sont désormais dans le déni

En effet, non contents de prendre les Français pour des imbéciles, nos décideurs sont désormais dans le déni, comme si nous étions condamnés à une forme permanente de nuage de Tchernobyl bloqué à la frontière de la part des pouvoirs publics malgré les efforts indéniables de l’Autorité de sûreté nucléaire pour essayer d’informer convenablement.

Les exemples sont légion. L’affirmation par la ministre de l’Écologie de l’absence d’incidence sur les centrales nucléaires des dysfonctionnements et peut-être malversations techniques constatées au Creusot a été aussi rapide qu’inexacte. Elle faisait suite aux déclarations d’EDF datées du 12 mai selon lesquelles "ni l’analyse d’Areva ni celle de nos équipes ne conduisent à identifier un quelconque réacteur du parc en fonctionnement qui devrait être mis à l’arrêt". Il n’a pas fallu attendre un mois pour qu’un réacteur de Fessenheim soit mis à l’arrêt et que l’Autorité de sûreté nucléaire annonce 80 irrégularités concernant 21 réacteurs.

La situation de la centrale finlandaise devient dramatique sur le plan financier. Il semblerait – mais comme par extraordinaire la presse française ne s’en est pas faite l’écho hormis la presse locale – que les pourparlers avec la partie finlandaise aient été rompus à l’initiative de la France. Certains parlent d’un risque de huit milliards d’euros ! Cette situation rend évidemment très difficile l’avenir d’Areva, puisque les 5 milliards d’euros promis par l’État, pris dans la poche des contribuables, ne suffiront certainement pas. Mais, silence et bouche cousue.

Flamanville, Fessenheim : des situations dramatiques

La situation de Flamanville est tout aussi obscure. En effet, Jean-Bernard Lévy a demandé que soit prolongée au 11 avril 2020 la mise en service de Flamanville III prévu pour avril 2017. Mais, compte tenu de l’aggravation de la situation de la cuve et du couvercle et au regard de la présence du carbone, il n’est pas du tout évident que l’Autorité de sûreté nucléaire donne un feu vert en 2017. On peut en revanche compter sur EDF pour faire toute la pression nécessaire pour obtenir le sésame. Et tant pis pour les risques pris en cas d’accident pour la population. De toute façon, EDF n’est pas assurée et le contribuable paiera…. Là aussi, le silence règne comme si la situation était sous contrôle.

Quant au cirque de Fessenheim, il semble parti pour durer. Les engagements à grand renfort de communication de la part de la ministre de l’Écologie sur sa volonté de prendre un décret de fermeture sont évidemment intenables, puisqu’elle a fait voter une loi qui ne lui en donne pas le pouvoir. Tout dépend du bon vouloir d’EDF, qui évidemment n’est pas pressé de déposer un dossier de demande de fermeture de Fessenheim, pariant sur le fait qu’un autre président de la République prendrait une position contraire. Donc, on amuse la galerie sur un prétendu débat sur l’indemnisation préalable d’EDF en cas de fermeture de Fessenheim pour retarder jusqu’à l’élection présidentielle toute décision.

Mais, il y a un grain de sable dans cette mécanique très bien huilée : l’arrêt du réacteur numéro 2, qui pourrait présenter des anomalies liées au travail réalisé au Creusot. Si le réacteur numéro 2 était effectivement défectueux, alors la fermeture au moins de ce réacteur pourrait-elle être décidée pour des risques graves. Paradoxalement, l’engagement du président de la République serait tenu grâce à des fraudes réalisées lors de la construction du réacteur.

Et que dire de la situation de Paluel ?

Et que dire de la situation de Paluel, où l’invraisemblable chute d’un générateur de vapeur – accident jugé impossible par EDF – pourrait rendre inutilisables les installations ? Que dire du report à 50 ans voire plus des opérations de démantèlement des centrales nucléaires pour cause de non provisionnement des sommes nécessaires à ces opérations. Rappelons à cet égard que la Commission européenne avait épinglé la France quelques semaines auparavant précisément pour n’avoir réservé que 30% des sommes nécessaires et prévues.

Aussi, dans un tel contexte, aller se pavaner pour vanter l’exemplarité française ne manque pas d’audace et constitue, pour tout notre système industriel, un modèle déplorable et très probablement à l’opposé de ce que nos entreprises qui, elles, connaissent le succès, voudraient donner de l’exemplarité française.

Source : L'Obs

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1533065-salon-mondial-du-nucleaire-jusqu-ou-va-aller-le-deni-francais.html

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Après Cameron, Juncker victime du Brexit?

28 Juin 2016, 10:45am

Publié par Corinne Lepage

Cameron & Juncker

Cameron & Juncker

 

C'est au pied du mur que l'on voit le maçon. Les présidents du Conseil européen, de la Commission et du Parlement se sont exprimés pour prendre acte du résultat de référendum au Royaume-Uni et pour signifier leur intention de procéder le plus rapidement possible au divorce qui ne serait pas à l'amiable.

La question qui se pose pour tous les Européens aujourd'hui est évidemment celle d'un départ aussi rapide que possible des Britanniques pour répondre à la volonté de leur peuple mais aussi de la manière dont ces autorités ont entendu, et pas seulement de la part du peuple britannique, les critiques véhémentes formulées sur leur fonctionnement. La Commission en particulier est sur la sellette, à telle enseigne que de nombreuses voix se sont exprimées pour demander la démission de Monsieur Juncker.

Il est évident que nous sommes très nombreux, au-delà de l'appel lancé par Europa Nova, à attendre des preuves tangibles de la part de la commission sur son intention d'écouter l'opinion publique européenne et d'avoir un fonctionnement plus démocratique. Trois dossiers qui sont sur la table pourraient être tranchés dans le sens contraire de celui dans lequel ils l'ont été jusqu'à présent, témoignant d'une réelle volonté de la part de la commission de changer son mode de fonctionnement en attendant une réforme en profondeur, indispensable, des institutions. Le premier dossier celui du TAFTA et du CETA. Ce dernier ayant été signé, il est nécessaire que le Parlement européen se prononce contre pour que la ratification devienne impossible. Le rôle de la commission sera alors d'exécuter et d'accepter un retour en arrière. En revanche, pour le TAFTA, elle est aux manettes. Elle doit sans tarder d'une part assurer la transparence heureusement rendue possible par Greenpeace. Mais, elle gagnerait un petit brevet démocratique à ne pas se faire imposer la transparence mais au contraire à l'assurer. Elle doit en second lieu bloquer les négociations telles qu'elles existent aujourd'hui en affirmant comme incontournables le refus de l'arbitrage privé et le maintien des normes de sécurité et de qualité européennes. Tout autre comportement serait radicalement contraire à la volonté majoritaire des Européens et entraînerait les conséquences inhérentes au refus démocratique.

Le second dossier est celui du glyphosate et des perturbateurs endocriniens. Sur le premier dossier, l'absence de majorité a renvoyé la décision à la Commission. Il lui revient de démontrer par la preuve qu'elle n'est pas l'outil des lobbys et qu'elle est en capacité d'imposer le respect de la santé des Européens sur les intérêts du lobby chimique. Sur les perturbateurs endocriniens, une décision calamiteuse a été prise qui mérite la censure de la cour de justice comme la précédente décision renvoyant, dans le souci de gagner du temps au bénéfice des lobbys, à la réalisation d'une étude d'impact préalable, toute décision. Il est encore possible de revenir sur cette décision et là aussi de faire prévaloir la santé des Européens sur les intérêts immédiats de l'industrie chimique.

Le troisième dossier est celui de "dieselgate". La prime à la fraude qu'a constitué le choix de la commission est inacceptable à la fois sur le plan éthique et sur le plan sanitaire. Rappelons que la pollution de l'air constitue la troisième cause de mortalité en Europe après le tabac et l'alcool. Mais, une fois de plus le poids du lobby automobile l'a emporté sur toute autre considération.

La Commission peut prouver qu'elle a entendu et qu'elle est prête à changer pour sauver l'union européenne et surtout pour donner envie aux Européens de continuer ensemble. Favoriser la fraude, donner toujours la primauté aux lobbys, s'asseoir sur la sécurité sanitaire, tout cela n'est plus supportable.

Faute d'apporter la preuve d'une véritable volonté de changement, nous aurons alors tous à tirer les conséquences de cette surdité de la commission et à demander à nos parlementaires européens, dont on espère qu'ils ont entendu, d'en tirer à leur tour les conséquences. Ils ont le pouvoir de voter la démission de la commission. Sans doute, dira-t-on, que le moment est mal choisi pour créer un peu plus de trouble dans le fonctionnement européen. Mais le trouble le plus grand serait que l'Europe se désintègre en raison d'un acharnement incompréhensible de ses institutions à poursuivre un mode de fonctionnement et de décision aux antipodes de ce que les citoyens européens attendent.

 

 Devenez fan 

Avocate, Ancienne députée européenne Cap21, ancienne ministre de l'Environnement

 

Source : Huffington Post

http://www.huffingtonpost.fr/corinne-lepage/commission-europeenne-brexit_b_10705710.html

 

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Goodbye Britain, le Brexit est une chance pour l'Europe

24 Juin 2016, 08:38am

Publié par Corinne Lepage

Brexit

Brexit

 

La Grande-Bretagne a toujours eu un pied dedans et un pied dehors au niveau européen. Ardent défenseur d'une Europe des guichets -chacun se souvient Margaret Thatcher et de son "I want my money back"- la Grande-Bretagne s'est toujours opposée à une Europe politique et s'est toujours posée en œil de Washington au sein des institutions européennes. Son départ peut donc ouvrir de nouvelles perspectives.

Mais, celles-ci sont totalement irréalistes si l'Europe n'est pas extrêmement ferme avec la Grande-Bretagne, si les institutions européennes continuent à fonctionner comme elles le font, et si un "Cœur d'Europe" ne se met pas en place.

La fermeté de l'Union européenne à l'égard de la Grande-Bretagne doit être extrême. Non seulement il ne peut être question que la Grande-Bretagne préside l'union au 1er janvier, mais encore son commissaire et ses députés doivent être déclarés démissionnaires d'office. Ils n'ont aucun droit à décider de quoi que ce soit concernant l'Union européenne à laquelle ils n'appartiennent plus.

Les fonctionnaires britanniques devront quitter leur poste dans les meilleurs délais et doivent immédiatement être privés de tout pouvoir de décision. Les conséquences financières doivent être tirés dans les meilleurs délais et en particulier le privilège dont jouit la City doit être supprimé. Le séisme économique et financier qui résulte du Brexit pour la Grande-Bretagne doit se réaliser, si c'est le cas, sans aucun amortissement de la part de l'union européenne. En effet, un des principaux arguments des défenseurs du BREXIT était l'avantage économique pour la Grande-Bretagne d'une sortie de l'Union. Il est indispensable que chacun puisse mesurer les conséquences de ses actes.

En second lieu, il serait aberrant de considérer que le tremblement de terre qui vient de se produire ne concerne que la Grande-Bretagne. Le comportement antidémocratique de la commission, sa soumission aux lobbys, son refus constant d'écouter les citoyens européens pour prendre les décisions radicalement contraires à ce qu'ils demandent, s'est payé dans les urnes. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, une très grande partie de l'opinion publique européenne devient eurosceptique voire europhobe en raison du comportement des dirigeants européens. Le TAFTA et le CETA sont rejetés par les Européens de manière massive. La réaction de la Commission a été de cacher la réalité du contenu des négociations, heureusement dévoilé par Greenpeace. Et, la situation est encore pire que celle que l'on pouvait imaginer.

Le poids des lobbys financiers, pharmaceutiques, chimiques, agro-semenciers, pétroliers, automobiles a conduit depuis des mois à des décisions radicalement opposées aux intérêts sanitaires, environnementaux et économiques des Européens. La politique d'austérité, sur laquelle même le FMI revient aujourd'hui, a été imposée en potion amère, au nom d'un ultralibéralisme auquel la Grande-Bretagne n'est évidemment pas étrangère. Le changement de politique doit être immédiat et drastique, avec une reconnaissance des erreurs commises, et de nouvelles décisions fortes et symboliques très rapides. Il est indispensable que tous les peuples européens comprennent qu'à travers le vote britannique, c'est leur protestation qui a bien été entendue.

Enfin, il nous faut un projet européen simple à comprendre. Revenons aux fondamentaux. L'Union européenne a été constituée pour garantir la paix et la sécurité en Europe. A l'heure du terrorisme et des menaces géopolitiques d'une part, de la mondialisation d'autre part, ce double impératif conduit à rendre le projet européen indispensable pour tous les Européens... à la condition qu'il s'agisse effectivement d'un impératif. Or, la sécurité est globale car elle va de l'intégrité physique au sens le plus classique du terme à la sécurité climatique, économique ou sanitaire. Cela conduit donc à une Europe politique aujourd'hui impossible à 27.

C'est la raison pour laquelle les propositions que j'avais faites en 2014 autour de la notion de cœur d'Europe prennent tout leur intérêt. Admettons une Europe à plusieurs vitesses, en réalité à trois vitesses. Cœur d'Europe se construit à partir des six pays fondateurs et de ceux qui souhaitent une construire une Europe politique intégrée. Le second cercle est celui de l'euro qui doit se doter d'institutions démocratiques et travailler sur une Europe intégrée sur le plan économique. Enfin le troisième cercle est celui du grand marché européen. Cette Europe à plusieurs vitesses doit dans tous les cas de figure sortir d'une logique de guichet, être ferme sur ses valeurs ce qui n'est pas le cas aujourd'hui et répondre aux grands défis que sont l'immigration, le changement climatique accéléré, l'atonie économique, le retard digital sur les États-Unis...

Tout ceci passe par la remise en cause indispensable par les dirigeants européens d'eux-mêmes et de leur comportement. Ils sont aujourd'hui devant l'Histoire, responsables du succès ou de l'échec du plus beau projet politique que le monde ait connu depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.

 

 Devenez fan 

Avocate, Ancienne députée européenne Cap21, ancienne ministre de l'Environnement

 

Source : Huffington Post

http://www.huffingtonpost.fr/corinne-lepage/goodbye-britain-brexit-chance-pour-leurope_b_10649206.html

 

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Pourquoi la Commission s'ingénie-t-elle à faire détester l'Europe ?

20 Juin 2016, 09:08am

Publié par Corinne Lepage

Pourquoi la Commission s'ingénie-t-elle à faire détester l'Europe ?

 

A quelques jours du vote sur le Brexit, qui de toutes façons, quelques soit le vote final, laissera des traces très profondes en Grande-Bretagne et dans l'Union européenne, il est impossible de comprendre les raisons pour lesquelles la Commission européenne s'ingénie à faire détester l'Europe. Même les européens les plus convaincus ne peuvent que rejeter une Commission qui est devenue le lieu d'expression des lobbys et qui se moque comme d'une guigne des européens eux-mêmes. Le caractère non démocratique de la Commission et plus généralement de l'administration européenne est une critique récurrente. Elle pourrait être contrebalancée si l'une et l'autre se comportaient en défenseur permanent de l'intérêt des Européens, en capacité parce que au-dessus du débat, de faire prévaloir l'intérêt général communautaire. Or, la politique suivie est totalement inverse et nous en prendrons trois exemples.

Le premier est celui du TAFTA. Les populations européennes dans leur grande majorité sont totalement opposées à ce traité et un certain nombre d'Etats eux-mêmes ont fait valoir leur réticence. Peu importe. La Commission continue comme si de rien n'était, bradant les intérêts économiques européens, notamment au regard des marchés publics américains et pire encore, organisant la déconstruction de toute la politique sanitaire et environnementale européenne. Et, cerise sur le gâteau, la commission pratique la politique du mensonge en prétendant soutenir des arguments et parvenir à des compromis dont les documents rendus publics par Greenpeace montrent que c'est purement et simplement faux.

Le second exemple est celui du "dieselgate". La commission savait pertinemment, dès 2013 lors de la modification du règlement sur ces normes, qu'il y avait une incohérence absolue entre les résultats affichés par les constructeurs automobiles et les résultats réels. Malgré les efforts qu'un certain nombre de députés ont pu faire, l'hypocrisie a été la norme. Avec le scandale Volkswagen et les autres, on aurait pu penser que la Commission, à défaut de faire son autocritique, aurait eu à cœur de sanctionner les infractions commises. Que nenni. Alors que la pollution atmosphérique est un scandale sanitaire au niveau de l'Europe , que des milliers d'Européens meurent chaque année, la commission ne trouve rien de mieux à faire que de baisser les normes... condamnant ainsi encore plus d'Européens à souffrir et à mourir.

Le troisième exemple est celui des perturbateurs endocriniens. Le scandale est patent. Délibérément, 28 commissaires décident de permettre aux lobbys chimiques et agrochimiques de continuer à produire et à vendre leurs produits mortifères, entraînant des pathologies croissantes et dont la preuve du lien de causalité est de mieux en mieux établie. Volant au secours des lobbys chaque fois qu'une réglementation un peu sérieuse pourrait se mettre en place, la commission a fait le choix de détricoter le travail du Parlement. Ce faisant, les 28 commissaires prennent à titre personnel une responsabilité dont j'espère qu'ils auront à répondre un jour. D'ailleurs sur ce sujet la CJUE a conclut au manquement de la Commission a manqué aux obligations qui lui incombent en s'abstenant d'adopter des actes délégués en ce qui concerne la spécification des critères scientifiques pour la détermination des propriétés perturbant le système endocrinien.

On pourrait rajouter à ce début de catalogue, le culot qui a consisté, en plein Panama papers à décider dans la directive secret des affaires de renforcer la protection du secret et refuser la protection des lanceurs d'alerte. Si le cela ne signifie pas encourager la fraude fiscale qui ruine nombre de pays européens, favoriser les multinationales au détriment des populations, il faut alors expliquer ce que cela signifie.

Tous ces choix sont détestables sur le fond. Mais le pire est sans doute qu'ils font détester l'Europe par des millions d'Européens qui ne sont pas populistes, qui ne sont pas extrémistes, qui pourraient même se définir comme pro-européens mais ne peuvent se reconnaître dans une politique qui les méprise, qui met leur vie en péril et qui est incapable d'assurer de surcroît les engagements européens.

Alors de grâce. La Commission n'a pas été créée pour le fossoyeur de l'Union européenne mais pour en faire la promotion ; elle n'a pas été créée pour l'éteindre mais pour les dynamiser. Elle n'a pas été créée contre les peuples mais pour leur assurer la paix, la sécurité et le développement. Il est largement temps de s'en souvenir avant que la plus belle réalisation politique de l'après-guerre ne risque de sombrer.

 

 

Avocate, Ancienne députée européenne

 

Source : Huffington Post

http://www.huffingtonpost.fr/corinne-lepage/pourquoi-la-commission-si_b_10533502.html

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