Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Cap21/LRC Toulouse

Articles avec #echos du reseau lercitoyen

Corinne Lepage : « Sans écologie populaire, nous n’aurons pas d’écologie du tout »

9 Juin 2015, 12:56pm

Publié par Corinne Lepage

Cet entretien a été réalisé lors du colloque La Bio dans les étoiles, à Annonay (Ardèche), le 17 avril 2015, organisé par la Fondation Ekibio.

Cet entretien a été réalisé lors du colloque La Bio dans les étoiles, à Annonay (Ardèche), le 17 avril 2015, organisé par la Fondation Ekibio.

Corinne Lepage n’y va pas de main morte. Chargée par Ségolène Royal de proposer 100 mesures concrètes pour « dessiner l’économie du nouveau monde », propositions qui devraient être dévoilées cette semaine, l’écolo-centriste garde cependant sa liberté de ton. Elle critique vertement le bilan « plus que décevant » en matière d’écologie de la première moitié du mandat Hollande. Et fustige « certains » Verts qui « sont arrivés à faire détester l’écologie ». « Le Nouveau Monde sera construit par la société civile », assure l’avocate et présidente de Cap 21. Entretien et vidéo.

Basta ! : Vous êtes sur tous les fronts : nucléaire, marées noires, corruption, génétique... En tant qu’écologiste, comment ne pas se laisser accaparer par toutes ces batailles « défensives » et travailler aussi à rendre l’écologie désirable ?

Corinne Lepage [1] : Cette question est très importante : professionnellement en tant qu’avocate, et sur le plan politique, je suis souvent obligée de me battre contre les très mauvaises idées. L’essentiel reste de faire progresser celles qui sont bonnes. C’est ce que j’essaye de faire avec la mission que m’a confiée Ségolène Royal sur « l’économie du Nouveau Monde ». J’ai pris un plaisir fou à travailler avec les membres du groupe de travail, venus d’horizons très divers. J’y prends conscience que les choses sont beaucoup plus avancées que je ne le croyais.

Quel bilan écologique faites-vous du gouvernement actuel ?

Les deux premières années ont été plus que décevantes. Delphine Batho s’est beaucoup plainte en sortant du gouvernement, mais elle n’a pas fait grand-chose quand elle était ministre de l’Écologie. Je lui en veux beaucoup pour la centrale nucléaire de Fessenheim (la plus ancienne de France, ndlr) : elle aurait pu la fermer mais ne l’a pas fait. Son successeur, Philippe Martin, était inaudible. L’actuelle ministre, Ségolène Royal, est une personnalité forte, elle a une vraie fibre écolo. Toutes ses décisions ne me ravissent pas, mais elle a la volonté de sortir d’une écologie punitive pour aller vers une écologie désirable. Un certain nombre de Verts sont arrivés à faire détester l’écologie par une partie de la population. Les gens ne supportent plus l’écologie, ont l’impression que cela ne sert à rien à part leur casser les pieds.

_

 

Entretien avec Corinne Lepage from Bastamag on Vimeo.

 

Tant que nous n’aurons pas une vision de l’écologie faite de solutions, de bien-être, de satisfaction, nous n’avons aucune chance de rendre l’écologie populaire. Et sans écologie populaire, nous n’aurons pas d’écologie du tout. Bien sûr, je ne suis pas d’accord avec l’écotaxe, mais il y a la loi sur la biodiversité, la loi sur la transition énergétique. C’est insuffisant sur le nucléaire, mais c’est quand même un progrès. Ce sont autant d’avancées dont il faut se féliciter.

Vous allez présenter un rapport avec 100 mesures concrètes pour « dessiner l’économie du nouveau monde ». Quelles seront vos principales propositions ?

Les Français ne se rendent pas compte de la manière dont nous sommes en train de changer. Il existe déjà énormément de choses. C’est toujours la même histoire : nous voyons la forêt qui meurt mais pas les arbres qui poussent ! Et des arbres qui poussent, il y en a des flopées chez nous. Mais nous avons du mal à massifier ces innovations, à les relier. Nous sommes face à un État et à une partie du pouvoir économique qui soit ne veut pas entendre, soit ne comprend pas. Résultat : ce monde qui se transforme rencontre davantage d’obstacles que de soutien de la part des pouvoirs publics – au-delà des discours qui expliquent toujours que c’est formidable... Nos propositions visent à lever ces obstacles ou à les contourner. Nous les dévoilerons prochainement.

Comment s’y prend-on concrètement pour développer une vision plus positive de l’écologie ?

Pas avec les responsables politiques, mais avec la société civile ! Les partis politiques se cassent la figure les uns après les autres. Je suis de plus en plus convaincue que le vrai changement, le « Nouveau Monde », se trouve dans la société civile. Les politiques ne font que courir derrière. Certains n’ont même pas encore pris le train en marche ! Quand vous voyez la transformation des modes de vie, le succès de nouvelles manières de faire, l’économie connectée, le succès de sites comme « Le bon coin », le crowdfunding qui suscite l’intérêt des banques, le développement de l’économie sociale et solidaire, l’économie de fonctionnalité, l’économie circulaire, l’économie de partage,… Nous sommes face à un changement de nature et non pas de degré. Ce ne sont pas les politiques qui l’ont décidé ! Ce sont les citoyens, les entreprises, les créateurs, qui inventent cela. Ce que l’on demande à l’État, aujourd’hui, c’est de ne pas les gêner.

Vous avez été ministre d’un gouvernement de droite, vous êtes aujourd’hui en mission pour un gouvernement de gauche. Voyez-vous une façon différente d’aborder l’écologie ?

J’étais membre d’un gouvernement de centre-droit, au titre de la société civile. Sur un plan idéologique, la pensée de Jacques Chirac est plus proche de celle de François Hollande que de Nicolas Sarkozy. En 1995, le slogan de campagne était la « fracture sociale », ce n’était pas les pains au chocolat (en référence aux propos de Jean-François Copé sur le ramadan, ndlr) ! J’ai refusé à deux reprises de participer à un gouvernement sous Sarkozy, parce que ce n’est pas ma tasse de thé, à tout point de vue. Franchement, je ne vois pas de différence considérable entre un gouvernement de centre droit et le gouvernement actuel – je suis aussi à l’aise avec l’un qu’avec l’autre. Je vois cependant des différences considérables avec la droite forte.

Vous dites que l’État ne soutient pas les innovations naissantes, émanant de la société civile. Mais être ministre ne permet-il pas quand même de faire avancer les choses ?

Quand vous êtes ministre, vous pouvez faire avancer des dossiers. Mais vous êtes plus efficace si la société civile est demandeuse. Il y a un côté suiveur chez le politique. C’est malheureux : on rêve d’un État stratège, qui anticipe. C’est devenu du pipeau total. Ce n’est pas là que ça se passe. Je souhaite aujourd’hui mobiliser ceux qui ont une expérience, de l’imagination, du dynamisme, de l’enthousiasme, qui sont dans ce Nouveau Monde, pour qu’ils entraînent les autres. C’est ça qui me passionne et me motive.

Pour faire avancer des batailles, faut-il passer, à un moment donné, par l’action politique ?

Oui, parce que nous avons besoin de textes législatifs, de décisions politiques. Si elles vont dans la bonne direction, cela fait gagner du temps à tout le monde. Mais il existe des stratégies de contournement, suivies par des milliers de gens. Ce serait tellement mieux si à la place nous avions des stratégies de complémentarité, entre l’État et la société civile. Il y a dans la tradition française une méfiance très grande de l’État vis-à-vis de la société, qui remonte à la Révolution.

Vous avez créé un « do-tank », à l’image des think-tanks, mais tourné vers l’action. L’expérimentation est-elle une solution pour amorcer la transition écologique ?

En France, on n’aime pas trop les idées géniales. Il faut passer de l’idée géniale à la start-up, puis à la PME, puis à une plus grande entreprise, avec à chaque fois des séries d’obstacles. Il est très intéressant de comparer les 20 premières entreprises françaises aujourd’hui à celles d’il y a 40 ans : ce sont quasiment les mêmes. Aux États-Unis, cela a changé aux trois quarts. Nous avons un problème de renouvellement de notre modèle économique.

Vous vous êtes lancée dans une bataille contre les sociétés d’autoroutes. Les combats juridiques peuvent aussi faire avancer les choses ?

Nous avons fait bouger beaucoup de choses par le droit : l’Amoco Cadiz, l’Erika, les procès du nucléaire. Quand j’ai fait juger par la Cour de justice de l’Union européenne, il y a presque dix ans, que les boulettes d’hydrocarbures rejetées en mer par l’Erika étaient des déchets, et donc que la législation sur les déchets s’appliquait, j’ai révolutionné le droit maritime. Face aux sociétés d’autoroutes, cela fait dix ans que les rapports successifs de la Cour des Comptes montrent que les tarifs de péages ne sont pas justifiés ni justifiables – au moins pour les autoroutes les plus anciennes. Et rien ne se passe. C’est inacceptable ! Il est important de donner aux citoyens les moyens d’agir. Sinon cette frustration de l’impuissance les conduit à l’abstention, voire au vote Le Pen. D’où l’importance de mettre des outils à leur disposition.

Nous ne pouvions pas passer une class action [2], alors nous avons lancé un site : Actioncivile.com. Nous nous étions donné quatre mois pour arriver à 50 000 signataires, un objectif atteint en quatre semaines ! Il ne suffit pourtant pas de signer une pétition, il faut remplir un document, fournir des justificatifs... Les sociétés d’autoroute n’ont pas répondu à notre demande de médiation, signe du mépris avec lequel elles traitent leurs clients. Aujourd’hui nous débutons une bataille juridique, pilotée par des avocats et une équipe de professeurs de droit qui travaillent l’argumentation.

Qu’attendez-vous de la Conférence sur le climat à Paris en décembre (COP 21) ? Vous avez déclaré après la conférence de Copenhague, en 2009, que le mouvement des citoyens ne pouvait plus compter que sur lui-même…

Je n’ai pas beaucoup changé d’avis depuis ! Comme tout le monde, j’étais très déçue de ces négociations. J’ai un petit espoir pour Paris, parce que la situation s’aggrave considérablement. Personne ne peut plus en douter, même s’il y a toujours des climato-sceptiques. Juste avant Copenhague leurs actions de déstabilisation anti-GIEC ont fait perdre un temps fou. Cela est derrière nous. L’accord passé entre la Chine et les États-Unis en octobre est un élément très fort. On peut espérer que cet accord en entraîne d’autres. La diplomatie française mène un travail important depuis plusieurs mois, sous la direction de Laurent Fabius. J’espère donc qu’on arrivera à un accord consistant à Paris : des engagements contraignants, l’alimentation du Fonds vert, qui augmente trop lentement, des systèmes de contrôle et de sanctions.

L’essentiel n’est pas là, mais dans la mobilisation des collectivités territoriales, avec notamment les mouvements du R30 et C40 (Cities Climate Leadership Group), ces villes menées par Michael Bloomberg (ancien maire de New York), ces régions et États menés par Arnold Schwarzenegger (gouverneur de Californie), engagés dans la transition énergétique, qui visent à être « énergétiquement neutres » ou même à énergie positive à échéance 2040 ou 2050. Le solaire, c’est l’énergie du XXIe siècle. C’est passionnant de voir comment le monde économique est aussi en train de se transformer : l’entreprise E.ON en Allemagne a annoncé il y a quelques mois qu’elle créait une structure de défaisance pour toutes ses activités fossiles et fissibles, pour se recentrer sur les activités du Nouveau Monde – efficacité énergétique et énergies renouvelables. C’est un exemple formidable.

Le groupe E.ON porte aussi un projet très controversé de centrale à biomasse à Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône…

Oui, cela n’empêche pas de trouver que le projet de Gardanne est une très mauvaise idée. La transition énergétique est verte, décentralisé et connectée. Une centrale à biomasse est une très bonne idée. Ce que je reproche au projet de Gardanne, c’est son volume ! On devait utiliser du bois local et on se retrouve avec des importations de bois car le projet prive toutes les petites centrales biomasses locales de leur approvisionnement normal. Une catastrophe, car il n’y a pas de gestion concertée. Je suis favorable à des petites installations décentralisées, à l’échelle des collectivités territoriales. Entre l’interconnexion et le stockage de l’énergie qui est arrive, nous avons tout ce qui faut pour sortir des énergies fissibles et fossiles.

Pour lutter contre le changement climatique, faut-il remettre en question le système capitaliste ?

Quand on parle de soutenabilité – je n’aime pas trop le terme durabilité – il est impossible de dissocier social, environnemental et économique. Nous ne pourrons pas faire une transition énergétique en accroissant les inégalités. Les premiers à souffrir de la situation, ce sont précisément les classes populaires. En France, réduire les factures énergétiques est aussi une manière de redonner du pouvoir d’achat.

Mais pour lutter contre le changement climatique, peut-on vraiment s’accommoder du système économique actuel ?

Cela dépend ce que vous appelez modèle capitaliste. Si vous parlez de l’extrême financiarisation, c’est incompatible. Il est impossible de lutter sérieusement contre le réchauffement climatique et d’exiger des taux de rentabilité à 15 % ! Si vous parlez de capitalisme entrepreneurial, je n’ai pas de problème avec cela. Le capitalisme entrepreneurial et familial voit les choses dans la durée, sans exigence de rentabilité délirante, avec des investissements et une finance patiente.

Le productivisme n’est donc pas contradictoire avec la transition énergétique ?

Vous pouvez avoir du productivisme en Corée du Nord, ce n’est pas lié au capitalisme. Le productivisme est lié à modèle de développement économique qui considère qu’il faut toujours plus. Dans l’économie du Nouveau Monde, vous avez toujours mieux. Une nouvelle forme d’abondance sera permise par la connexion.

Les destructions écologiques sont quand même aujourd’hui beaucoup portées par les multinationales ancrées dans le système capitaliste…

Le néolibéralisme financier est incompatible avec l’écologie, c’est clair et net. Mais nous avons besoin de créer des entreprises, de l’activité, d’innover, de donner des perspectives à nos jeunes. Je ne vois pas comment nous pouvons faire autrement. Mais il faut revenir à une économie qui prime sur la finance et non l’inverse.

Vous faites vôtre ce combat contre le profit à tout prix, contre l’accaparement des richesses ?

Parmi les adversaires de Monsanto, je ne suis pas mauvaise !

Propos recueillis par Sophie Chapelle et Agnès Rousseaux

Cet entretien a été réalisé lors du colloque La Bio dans les étoiles, à Annonay (Ardèche), le 17 avril 2015, organisé par la Fondation Ekibio.

 

Source : Basta!mag

http://www.bastamag.net/Corinne-Lepage-Sans-ecologie-populaire-nous-n-aurons-pas-d-ecologie-du-tout

 

Lire la suite

La société du nouveau monde, du digital à l'environnemental - Corinne Lepage - #FCE2015

3 Juin 2015, 11:16am

Publié par Corinne Lepage

 

Ajoutée le 3 juin 2015

Interview réalisée au Forum Changer d'ère 2015.
Créé en 2013 par Véronique Anger-de Friberg (Les Di@logues Stratégiques), le Forum Changer d’Ère fait référence au livre Changer d’ère (Seuil, 1989), l’œuvre majeure de Jacques Robin (1919-2007), cofondateur du Groupe des Dix.

« Ne doutez jamais qu’un petit groupe de citoyens engagés et réfléchis puisse changer le monde. En réalité c’est toujours ce qui s’est passé. » Margaret Mead (anthropologue américaine, 16 décembre 1901 – 15 novembre 1978).

Lire la suite

Investir dans le nucléaire: et à la fin, c'est le contribuable qui paye

3 Juin 2015, 09:10am

Publié par Corinne Lepage

 

Le gouvernement a décidé de se pencher sur la filière nucléaire. Il faut bien dire qu'il n'a guère le choix. Le premier constat que l'on peut faire est que cette réflexion aurait dû être menée voici plusieurs années, la situation catastrophique sur le plan financier d'Areva ne datant pas d'aujourd'hui. En 2010, malgré une ouverture au capital, la notation financière d'Areva avait été rétrogradée de deux crans et la dette financière atteignit à la fin de l'année 2010, 4 milliards d'euros. J'écrivais en 2011 dans "la vérité sur le nucléaire" : "la situation était déjà très difficile avant le 11 mars 2011... la difficulté principale réside dans le cœur de la société elle-même. Son activité initiale ne se poursuit qu'en raison de l'obligation faite de faire retraiter ses déchets, l'EPR est un gouffre et l'activité de production d'uranium est très fragilisée par la conjoncture internationale.... Mais à aucun moment le débat public autour de cette société n'est posé." Il aura fallu attendre cinq ans et 2 milliards de déficit supplémentaire, sans compter les déboires de Flamanville et ceux d'Olkiluoto, pour que l'État intervienne.

La reprise en main par EDF de l'activité réacteur est à peu près la seule solution qui se dessine avec évidemment des conséquences extrêmement graves pour les salariés d'Areva. En effet, les sujets conflictuels entre Areva et EDF ne manquent pas : fourniture d'uranium enrichi, conséquences financières des catastrophes à répétition de l'EPR, maintien du retraitement des déchets EDF à la Hague. Or, le service qu'EDF rend au gouvernement en reprenant une partie d'Areva s'accompagnera nécessairement d'accommodements divers et variés, permettant un allégement de la charge financière d'EDF.

Or, la difficulté est triple pour la filière nucléaire française. En premier lieu, et malgré les cocoricos à répétition, nous ne vendons aucun EPR et un immense point d'interrogation plane sur les réacteurs anglais en raison du problème du recteur de Flamanville. Cette contre-publicité manifeste pèse évidemment sur toute la filière et pose très clairement la question de la compétence soulevée également par l'IRSN. La seconde question est financière. Qui va supporter le coût final du fiasco commercial de l'EPR ? EDF apparemment accepterait de racheter à hauteur de 2 milliards le secteur réacteurs d'Areva mais acceptera-t-elle de supporter les dettes qui vont avec ? On peut en douter ce qui signifie que c'est le contribuable qui devra supporter les erreurs en cascade, l'incompétence des dirigeants et des choix technologiques très contestables. Cette situation est d'autant plus exécrable que, plus que jamais, nous avons besoin de moyens pour assurer la transition énergétique et le développement des EnR. À ceci s'ajoute le coût pharaonique des travaux à réaliser pour assurer le maintien d'une sûreté correcte de nos réacteurs sans bien entendu parler du coût de la prolongation de la durée de vie de réacteurs dont certains sont plus que problématiques. Le rapport de l'agence WISE évaluait le coût du Grand carénage à une fourchette comprise entre 1,4 et 4 milliards par réacteur, soit 81 à 255 milliards pour les 58 réacteurs. Rappelons que la valeur de l'action EDF est passée de 40 à 25 € entre 2010 et 2015 et que les dettes dans le bilan publié pour 2014 sont évaluées à plus de 39 milliards d'euros après intervention de règles comptables spécifiques qui sous évaluent la réalité. Où trouver l'argent nécessaire dans la poche des usagers ou des contribuables ?

Enfin, s'ajoute la troisième difficulté qui est d'ordre économique et industriel. En effet, un investissement se fait sur 50 à 60 ans, le marché lorsqu'il était régulé et prévisible avait une capacité à assurer les débouchés sur une si longue période. Ce n'est plus le cas ! Si il y a effectivement 67 réacteurs en construction dans le monde, 26 ont été lancés après 2011. Ce qui signifie que le marché est très étroit et qu'il l'est d'autant plus que le coût du nucléaire est de moins en moins compétitif alors que celui du solaire l'est de plus en plus. Ceci explique la croissance fantastique du solaire dans le monde en 2013 et plus encore en 2014 avec des coûts de revient du kilowattheure solaire qui peuvent atteindre quatre centimes dans les régions les plus favorables soit trois fois inférieurs à celui du kilowattheure EPR. Autrement dit, même si la France continue à se faire l'apôtre du rêve nucléaire, énergie d'avenir et bon marché, ce rêve est de moins en moins partagé.

Par voie de conséquence, alors que la France est en train de voter la loi sur la transition énergétique qui est un pas important vers un mix énergétique plus raisonnable, c'est en réalité la question du nucléaire avant même celle de la filière qui devrait être posée. Mais nous savons tous qu'elle ne le sera pas. Nous allons continuer à investir massivement sur le nucléaire, à faire payer les contribuables à cette fin, en refusant de tirer la leçon de nos erreurs à répétition. Qui payera si EDF se retrouve dans la situation d'Areva ?

Pourtant, l'obligation de se poser la question de l'organisation de la filière aurait dû conduire à se poser la question de l'organisation de la filière énergétique dans son ensemble. C'était un moment historique pour créer une grande filière française du renouvelable. Le CEA dispose en son sein d'une unité qui est à l'avant-garde sur le plan technologique tant en ce qui concerne le renouvelable que le stockage de l'électricité. EDF énergies nouvelles est un grand acteur du renouvelable.... à l'étranger. De très nombreuses TPE et PME du secteur énergétique en France se battent tous les jours pour essayer de conquérir des marchés en se heurtant à des obstacles insurmontables... constitués précisément pour empêcher leur développement prouvant la compétitivité du Nouveau Monde. Le moment n'est-il pas venu pour l'État de mettre en œuvre à côté d'une filière nucléaire, dont le périmètre devrait se réduire au cours du temps, une grande filière du renouvelable, dans lequel le CEA, Areva et EDF énergies nouvelles pourraient constituer un ensemble en permettant à tout notre tissu économique, à l'instar de ce qui a été fait en Allemagne, de faire bloc pour créer enfin la filière française du renouvelable ?

 

 

Source : Huffington Post

http://www.huffingtonpost.fr/corinne-lepage/reflexion-energetique-nucleaire_b_7499716.html

Lire la suite

ENTRETIEN - En marge de la société politique, la société civile chamboule-tout - avec Corinne Lepage

26 Mai 2015, 11:00am

Publié par Michèle BERNARD-ROYER

Corinne Lepage est une ex-députée européenne et ancienne ministre de l’environnement (1995-97), avocate internationale et chantre de la société civile comme pierre angulaire du changement. Elle est chargée par son successeur au « maroquin » ministériel d’un rapport sur la transition économique. Corinne Lepage est également l’auteure de Les Mains propres : plaidoyer pour la société civile au pouvoir paru début 2015 aux éditions Autrement.

Nonfiction.fr – Quelle est selon vous, la première marche vers la transition économique, autrement dit, l’avènement de la 3ème révolution industrielle dont on parle décidément beaucoup ces temps-ci, quand bien même il semble ne plus y avoir de « pilote dans l’avion »… ?

Corinne Lepage – La légitimité ne se confond pas avec la légalité, on l’oublie trop, à commencer en France, pourtant fière « patrie des droits de l’Homme et du citoyen ». La légitimité naît de l’association du public à la prise de décision, de la mise en pratique de la co-décision effective. En maints points du globe, et singulièrement en France, nous en sommes actuellement loin ! Et même, à des années-lumière de procédures qui existent pourtant, dans le nord de l’Europe ou en Suisse par exemple. Or, plus la décision est transparente et partagée, meilleure est la confiance des citoyens . C’est un point crucial à l’heure du changement de modèle dont la nécessité est de plus en plus largement perçue. La probité des hommes et des femmes politiques compte aussi beaucoup. L’indice de perception de la corruption établi par l’ONG Transparency International hisse à la meilleure place le Danemark, qui est aussi le pays où les conférences de consensus sont utilisées de manière très banales et probantes depuis 1986. Dans ce pays, elles ont lieu très en amont des décisions, sont l’objet d’une vaste publicité, et ne sont ni méprisées ni vues comme concurrentes par les parlementaires qui interviennent, c’est leur honneur, en aval. Par conséquent, en connaissance de cause – à savoir, l’avis des citoyens dont ils tiennent compte. Alors qu’en France, les rares fois où elles ont lieu, c’est a posteriori de la décision de principe déjà dans les têtes des dirigeants politiques ; alors l’avis des citoyens est traité « par-dessus la jambe ». Comment s’étonner dès lors que 82% d’entre eux pensent que les hommes et les femmes politiques agissent principalement pour leurs intérêts personnels  ? Ne nous étonnons donc pas des multiples pratiques montrant qu’ils agissent, désormais, de plus en plus, en marge de la société politique . Autour de nous et alentour s’accélère le mouvement de ceux qui veulent que les règles ne soient plus édictées par les mêmes pour les mêmes.

Nonfiction.fr – À savoir ?

Corinne Lepage – Cela se voit en tout domaine. Dans le domaine économique tout d’abord, avec l’économie connectée, mais aussi l’économie du partage à laquelle des cercles de plus en plus importants de citoyens adhèrent et s’adonnent. De l’achat groupé – ou de particulier à particulier  de biens en tout genre, d’échange de logis pour les vacances, du covoiturage aux AMAP, des monnaies parallèles au troc de services etc., les exemples attestant de la transformation en profondeur de nos modèles classiques organisationnels sont pléthores ! L’adaptation à la crise économique, le manque de moyens financiers ont pour effet une autre forme d’organisation qui se met en place à tâtons tout d’abord, a priori provisoirement mais finalement ces palliatifs  « rustines » et autres « systèmes D » comme l’innovation frugale (« Jugaad » inspirée de l’Inde)  changent irréversiblement la manière de vivre des concitoyens. La coopération, le partage, l’empathie, décrites par Jeremy Rifkin deviennent des modus vivendi de plus en plus usuels. La décentralisation énergétique et économique est également un nouveau puissant modèle, capable de révolutionner même une société comme celle de la France, historiquement centralisée et de nos jours particulièrement bloquée. Le train de la société civile partout avance, cahin caha, mais au moins lui, il avance, à la faveur de toutes ces initiatives plurielles, tout d’abord spontanées avant de se policer au gré de leurs usagers et acteurs directs. Dans un monde où les politiques du niveau national paraissent tellement engoncés dans des situations inextricables, les expériences locales réussies , en France et ailleurs, ouvrent de nouvelles perspectives.

Nonfiction.fr – Il y a donc, au-delà des difficultés endémiques relayées à la Une des médias, des forces de changement significatives, à l’œuvre, à vos yeux?

Corinne Lepage – La logique du XXIème siècle est celle des réseaux, appelés à entrer en synergie, et ainsi à tourner le dos aux logiques centralisatrices et obsolètes du XIXème siècle. Les défricheurs de nouveaux modes de vie, de nouvelles manières de produire sont parmi nous ! A partir de leurs démarches s’ébauche la nouvelle construction d’un monde, sous nos yeux. Je peux ainsi témoigner, pour avoir participé au dernier forum de dialogue Chine-Europe  de l’émergence d’une société civile foisonnante d’initiatives…

Nonfiction.fr – Jusques en Chine?

Corinne Lepage – Oui, y compris dans un régime comme celui de la Chine, préoccupé de développement soutenable et de PIB « vert ». Nous aurions torts de rester dubitatifs, ou incrédules, et de sous-estimer ces « poussées ».

Nonfiction.fr – La démocratie  est pourtant loin d’être la règle à la surface de la Terre !

Corinne Lepage – Certes, dans le domaine de la gouvernance plus encore que dans les autres, la révolution douce reste à faire. Comment ? En commençant par la base et le local. La démocratie participative doit véritablement devenir une réalité car elle est la mieux à même de produire des compromis sociétaux permettant de faire coïncider légalité et légitimité. La société civile qui construit, innove, emploie et crée est seule capable d’offrir une véritable alternative, de faire ce que les partis politiques refusent de faire : s’unir sur un projet commun.

 

 
Michèle BERNARD-ROYER
 
Source : NonFiction
http://www.nonfiction.fr/article-7610-entretien___en_marge_de_la_societe_politique_la_societe_civile_chamboule_tout___avec_corinne_lepage.htm
 

Lire la suite

Nouvelle séquence pour les OGM

23 Mai 2015, 10:44am

Publié par Corinne Lepage

 

Il est un dossier emblématique, comme peuvent l'être les dossiers de l'amiante ou du tabac, un sujet de 30 ans qui revient comme un serpent de mer de manière régulière et qui hante les institutions européennes. On nous vante les possibles vertus de plantes pouvant résister à la sécheresse, à certaines maladies ou à certains insectes nuisibles. On nous parle de nourrir 10 milliards d'humains grâce à ces plantes. En fait, on nous propose des plantes brevetées dont les seules caractéristiques sont d'enrichir ceux qui possèdent les brevets et accessoirement de créer un risque sanitaire. Un maïs, selon ses caractéristiques, aura toujours besoin de la même quantité d'eau pour produire une protéine. Il existe diverses variétés qui sont plus ou moins consommatrices d'eau, cela s'appelle la sélection génétique et non un OGM.

Le moyen de produire cette même protéine avec la même quantité d'eau, va être d'éliminer dans le champ toutes plantes concurrentes qui pourraient consommer l'eau à la place du maïs cultivé. L'OGM qui est développé pour répondre à des questions hydriques sera donc soit résistant à un herbicide, soit herbicide lui-même. En la matière, Monsanto avec son herbicide phare le round-up en est le meilleur exemple. Et peu importe que le glyphosate, principe actif du Round up soit classé comme probable cancérigène par l'OMS !

Pour faire accepter cette technologie OGM, tous les moyens sont bons. C'est avant tout une bataille marketing, faire passer les OGM pour quelque chose de rentable et en faveur du progrès humain et qui va répondre à diverses problématiques pesticides, herbicides ou hydriques. Idéalement, il faut trouver un angle humanitaire. Celui-ci a varié : vaincre la faim, fabriquer des alicaments, réduire les pesticides... L'angle médical avec des OGM thérapeutiques qui produisent de l'insuline est resté constant. Pourtant, le chiffre d'affaires des OGM médicaux ne représente pas plus que 1 % du chiffre d'affaires, mais c'est lui qui sera mis en avant par ces fabricants.

Malgré tout, quand des résistances viennent à se présenter dans un pays, les producteurs et les Etats qui les soutiennent à commencer par les Etats-Unis n'hésitent pas à mettre ces dirigeants et leur population face au fait accompli. Ce fut le cas lorsque des bateaux entiers contenant du soja américain, se sont présentés dans les ports européens avec une part non déterminée d'OGM à bord. Quand en 2001, l'Union européenne prend une directive bien rédigée sur la question des OGM, la réaction ne se fait pas attendre puisque dès 2003 un règlement viendra corriger ce que les industriels estimaient comme une directive trop exigeante pour eux. Leur lobbying intense conduira à l'adoption d'un texte beaucoup plus light qui deviendra la base de toutes les demandes ultérieures aux lieux et places de la directive de 2001. 

Il n'en demeure pas moins que les populations européennes restent toujours aussi sceptiques, voire opposées aux OGM : il faut dire que le souvenir de la crise de la vache folle n'est pas loin. La situation américaine est très différente. Non pas que les consommateurs n'aient pas comme leurs homologues européens le désir de voir étiqueter les OGM. Mais ils n'y parviennent pas sauf dans le Vermont où un referendum a imposé l'étiquetage... d'où un procès de Monsanto. A contrario, une class action vient d'être lancée contre Monsanto par les consommateurs américains. Car aux Etats Unis, les questions de responsabilité se traitent de manière très différente, en aval et peu en amont. Si les nord-américains pratiquent un système de sanctions fortes en aval, les Européens se basent sur un système d'autorisation en amont. L'Union Européenne utilise 2 principes pour le développement des nouvelles technologies : le risque de développement, qui permet à un producteur qui ne connaît pas les risques de ce produit, parce que l'état de la science ne le lui permet pas, de ne pas en être responsable ; pour contrebalancer les risques de ce principe, un autre principe de recherche a été mis en place, le principe de précaution. Pour répondre aux questions sanitaires et aux exigences de la directive de 2001 qui concernent les études à court, moyen et long terme sur les effets directs et indirects sur la santé, les producteurs OGM ont « lobbié » par l'intermédiaire des gouvernements américains et canadiens, l'office de coopération et de développement économique (OCDE) pour obtenir des protocoles très faibles, qui se limitent à des études de très court terme et qui reposent sur des principes fallacieux comme celui de l'effet-dose .

De surcroît, les producteurs peuvent s'appuyer sur l'organisation mondiale du commerce qui œuvre à lutter contre les barrières grises. Ainsi pour lutter contre les entraves, l'OMC a adopté une formule issue directement des législations nord-américaines avec deux mots associés «science based » que l'on pourrait traduire littéralement par basé sur la science. Et c'est ainsi que depuis 15 ans, l'UE et les États-Unis s'opposent juridiquement en utilisant les bases juridiques différentes de chacune des institutions. On sait très bien que derrière les mots « science based » se cachent en réalité une organisation de l'ignorance scientifique qui permet de retarder toute évolution des législations en matière de prudence, prévention et précaution. À ce titre de livre de Stéphane Foucart «La fabrique du mensonge» explique très bien les méthodes pseudo scientifiques qu'ont utilisées les industries du tabac, de l'amiante ou les fabricants d'OGM pour empêcher la connaissance puis entretenir un doute qui n'a plus lieu d'être.

Ainsi, quand l'Union européenne a tardé à autoriser des OGM, les États-Unis ont saisi l'OMC et obtenu gain de cause en 2006 estimant que les restrictions n'étaient pas fondées sur des évaluations des risques au sens de l'accord international sur les mesures sanitaires et phytosanitaires. Quand les producteurs de miel allemands veulent pouvoir produire sans OGM et qu'ils constatent une contamination de la part d'un OGM produit par Monsanto, ils saisissent la justice allemande pour obtenir une compensation. La justice allemande leur donne raison et la Cour de Justice de l'UE confirme ce jugement. Ce jugement devient très gênant pour le développement des OGM en Europe et constitue un frein. Qu'à cela ne tienne ! Une nouvelle législation poussée par l'industrie et soutenue par les groupes des libéraux, des conservateurs et l'extrême droite au Parlement européen intervient pour faire reconnaître le pollen comme n'étant pas un ingrédient du miel. Dès lors, la jurisprudence devient inapplicable.

Pendant trois ans, le Parlement européen a mené une révision de la directive 2001/18, j'étais rapporteure de ce texte. A force de travail, de persuasion, d'écoute de toutes les parties prenantes, nous avions réussi à obtenir un texte voté à une très large majorité allant de l'extrême gauche à une partie de la droite européenne pour une renationalisation des autorisations en ce qui concerne la culture des OGM, mais avec une base juridique très solide. En effet, le texte initial proposé par la Commission européenne était un piège qui permettait aux pays de prendre des mesures d'interdiction pour tous les motifs saufs environnementaux et sanitaires. Nous avons changé la base légale du texte pour permettre justement une interdiction en prenant en compte les motifs environnementaux et sanitaires qui étaient déjà prévus dans la directive 2001/18, afin justement de ne pas sortir des protocoles OMC et de ne pas risquer une condamnation pour les Etats qui décideraient d'appliquer cette législation. Le Conseil de l'Union Européenne a décidé de bloquer cette directive sous l'impulsion de quelques Etats avec en tête l'Espagne - pays sur lequel on se souvient que dans le câble wikileaks, les États-Unis avaient fait pression pour le développement des OGM - et les Etats se sont retrouvés alors de nouveau bloqués par leurs interdictions.

Cette révision de directive bloquée, la décision de la cour de justice de l'Union Européenne contournée, le champ est redevenu libre pour toutes les autorisations que voudrait donner la commission européenne. Dans un souci de communication, la commission européenne a indiqué donner la possibilité pour les Etats membres d'interdire les OGM sur leur territoire sauf pour des motifs environnementaux et sanitaires. Le texte finalement adopté est revenu à la case départ, celle du piège ! Il va de soi que la traçabilité ne permet pas de contrôler la vente des produits sur le territoire et que ces règles vont clairement à l'encontre du marché intérieur. La Commission a beau jeu aujourd'hui de dire qu'elle ne peut faire autrement puisque sur toutes les demandes d'autorisation les majorités requises ne sont pas atteintes. La pression provient aussi d'une plainte déposée auprès du médiateur européen par la société Pioneer en novembre 2014 concernant la lenteur du traitement des demandes d'autorisation - la CJUE avait déjà rappelé à l'ordre la Commission en 2010 suites à une plainte en 2008 de la société BASF-.

Quoiqu'il en soit, la porte est désormais grande ouverte aux autorisations d'OGM et la prétendue liberté des Etats de les interdire est un leurre. Pourtant la Commission européenne bénéficiait d'une récente décision qui venait la renforcer dans le cadre légal de l'UE et de l'OMC, c'est-à-dire tant sur la base du principe de précaution que sur celui de "based science". En effet, le classement par l'OMS du glyphosate dans les produits probablement cancérigènes permettait d'écarter sur la base d'un principe comme de l'autre les demandes ou les renouvellements d'OGM tolérants au glyphosate. Comment expliquer la décision de la Commission ? par le refus de désavouer l'EFSA - qui a été épinglée par la Cour des Comptes européennes pour l'absence de gestion des conflits d'intérêts et dont le quitus n'avait pas été voté par les députés européens pendant près de six mois-. Les dysfonctionnements à répétition de l'EFSA et le refus de la Commission d'y mettre bon ordre sont un double dysfonctionnement dont les responsables devront être recherchés.

Mais en attendant, l'étau se resserre sur la toxicité des OGM et le fait d'avoir refusé de refaire l'étude de G.E. Séralini, même pour la mettre en cause, témoigne d'une carence coupable.

Compte tenu de la décision de l'OMS, les responsables européens engagent leur responsabilité personnelle mais les Etats membres peuvent parfaitement saisir la CJUE d'un recours en annulation pour le non-respect des principes européens garantis par les traités.

Au-delà, la bataille qui se joue est aussi celle du futur TAFTA dans la mesure où l'un des objectifs des Etats-Unis est précisément d'anéantir la législation européenne sur ce point et quelques autres, même si nous avons baissé dangereusement la garde sur les animaux clonés. Le Parlement européen était parvenu sous l'ancienne mandature à bloquer les aliments chlorés, la colle à viande et quelques autres « innovations » sans oublier la viande aux hormones. En définitive, au-delà de la mobilisation indispensable contre le TAFTA, le combat majeur est celui de la transparence et de l'étiquetage qui permettront aux consommateurs d'être le vrai contre-pouvoir face à des multinationales sans scrupules et des Etats défaillants dans l'objectif majeur, celui de veiller à l'intégrité physique et à la santé de leurs ressortissants.

 

 

Source : Huffington Post

http://www.huffingtonpost.fr/corinne-lepage/nouvelle-sequence-pour-le_b_7424612.html

Lire la suite