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Cap21/LRC Toulouse

Carriérisme et spins doctors : comment la communication tue la politique à petit feu

31 Janvier 2015, 14:06pm

Publié par Corinne Lepage

Pour l'ancienne ministre Corinne Lepage, nous vivons une époque où la communication et le souci de l’image l'emportent sur toute autre considération. Une attitude délétère sur le long terme. Extrait de "Les Mains propres" de Corinne Lepage, publié aux éditions Autrement

Pour l'ancienne ministre Corinne Lepage, nous vivons une époque où la communication et le souci de l’image l'emportent sur toute autre considération. Une attitude délétère sur le long terme. Extrait de "Les Mains propres" de Corinne Lepage, publié aux éditions Autrement

Le public et les journalistes se réfèrent à la "classe" politique. Ce mot est rejeté par les politiques en général qui considèrent qu’il ne correspond à rien. En réalité, s’il est péjoratif, il correspond très précisément à la représentation que s’en font les Français. Le mot de classe renvoie à une vision marxiste de la société dans laquelle une classe en exploite une autre. Or, les citoyens ressentent intuitivement cette prise de pouvoir par une très petite caste hermétique à laquelle ils ne pourront jamais accéder et qui confisque en réalité la démocratie.

 

 
 

Certes, à intervalle régulier, il leur est demandé de voter, c’est-à-dire de reconduire tel ou tel, ou au contraire de s’en défaire. Mais, ils n’ont aucun pouvoir sur le choix de la personne représentant tel ou tel courant politique et, comme nous venons de le voir, le système mis en place rend extrêmement difficile l’élection de personnalités qui ne viendraient pas du cercle politique. De plus, la notion de représentant ou de mandant rendant des comptes à ses mandataires a complètement disparu des radars. À l’exception des élections locales, voire des municipales dans certaines grandes villes où les maires ont su tisser des liens réels, comme à Bordeaux ou à Lyon, et où les élus locaux ne sont pas nécessairement assimilés à la « classe politique », le fossé n’a cessé de se creuser, et ce à juste titre.

Les élus sont pour l’immense majorité le fruit du carriérisme politicien, c’est-à-dire le résultat d’un cursus qui passe le plus souvent par l’ENA ou au moins par Sciences Po, parfois une Grande École, l’"encartement" soit le choix de s’affilier à tel ou tel parti, puis le passage par un poste d’assistant parlementaire ou mieux encore par un cabinet ministériel. Viendront un mandat local dans le sillage de son "patron" et un mandat national qui peut déboucher sur un poste ministériel.

Cette voie royale, suivie par l’immense majorité, a créé une carrière professionnelle très particulière, totalement déconnectée de la vie normale et entièrement dépendante du bon vouloir de la hiérarchie partisane. Le "cirage de bottes", la complaisance et la défense de "sa" chapelle et/ou de son écurie l’emportent sur toute autre considération puisque c’est de son "job" dont il s’agit. Une fois les premiers degrés atteints, il s’agit de viser le "coup d’après", y compris lorsqu’on a la chance d’occuper un poste ministériel. Ce "coup d’après" consiste non pas à remplir au mieux, c’est-à-dire courageusement sa fonction, mais à rendre des services pour obtenir des "affidés" et à se médiatiser au maximum pour entrer dans le CAC 40 des personnalités politiques.

 

C’est alors qu’entre en scène une caste très discrète, celle des agences de com’. La communication des hommes et femmes politiques est en effet le "sujet" majeur. Après que le "faire savoir" fut devenu beaucoup plus important que le "savoir-faire", c’est désormais la "com’ pour la com’" qui l’emporte sur tout. Bygmalion est le parangon de ces agences qui facturent des sommes astronomiques pour organiser les événements, mais la palme revient aux agences qui conseillent et forgent l’image des politiques. Ces conseillers en communication et marketing politique ou spins doctors privés, comme l’était Patrick Buisson pour Nicolas Sarkozy, exercent souvent une influence déterminante sur le personnage politique, pour lui faire prendre des positions qui leur paraissent correspondre à ce que l’électorat attend plutôt que ce qui est bon pour le pays et l’intérêt général. Idem pour quelqu’un comme Franck Louvrier, ancien conseiller en communication du ministre puis du président de la République Nicolas Sarkozy, dont on se souvient de la manipulation médiatique quand il avait envoyé un SMS aux journalistes pour les inciter à parlerd’une femme, arrêtée au volant, portant le niqab.

Progressivement, la communication et le souci de l’image l’emportent sur toute autre considération avec les dégâts que l’on connaît. Les promesses non tenues trouvent pour une large part leur origine dans les recommandations des agences de communication qui, s’appuyant sur des sondages au demeurant coûteux, proposent des mesures qui seraient en harmonie avec ce que souhaite la clientèle électorale. Sauf que cette déviation de l’action politique ou plutôt de la parole politique a trois conséquences catastrophiques.

 

 
 
 

Tout d’abord, elle considère les électeurs comme des imbéciles en les infantilisant et en leur faisant croire que leurs désirs peuvent devenir une réalité indépendamment de toute considération réaliste. Ainsi les catalogues de promesses présidentielles, parfois incohérentes, mais visant différentes cibles électorales, constituent par définition des attrape-nigauds. La confusion entre des objectifs et des promesses en est une conséquence dont François Hollande fait les frais. Ainsi faire baisser le chômage est un objectif majeur mais cela ne peut être un engagement pour la bonne et simple raison que l’État ne peut embaucher pour réduire le chômage. Ce sont les entreprises qui embauchent, et cela dépend certes des politiques menées mais aussi d’une conjoncture plus large. Il en va de même de l’augmentation du pouvoir d’achat qui dépend de la pression fiscale et de la répartition, mais avant tout de la conjoncture économique et de l’emploi. Autrement dit, le "demain on rase gratis" qui apparaît encore nécessaire pour se faire élire est une infantilisation et une forme de mépris du citoyen. Ensuite, elle déconnecte le long terme et l’intérêt général du discours politique pour le faire "coller" à ce qui est considéré comme un désir collectif immédiat. Ce faisant, elle institutionnalise le court terme comme point central de toute campagne électorale réussie.

Cette déconnexion participe très largement à la perte de sens, au pessimisme et au sentiment de "no future" qui affecte nos concitoyens. Enfin, elle tend à faire des politiques de véritables marionnettes des agences de communication, variant de discours ou de convictions au fil des sondages, et prépare précisément le manquement systématique aux promesses. Ainsi, la position de Nicolas Sarkozy sur l’exploitation du gaz de schiste, qu’il a fait interdire et qu’il défend dorénavant comme une priorité pour relancer la croissance (ce qui est une ineptie), est un cas d’école. Ce virage n’a pas grand-chose à voir avec le sujet ; c’est un geste en direction du MEDEF et plus généralement des conservateurs opposés à toute idée qui pourrait avoir un lien avec les écologistes. Le sujet n’est donc pas de savoir si le gaz de schiste est en définitive une bonne piste pour la France. C’est de créer un « marqueur » pour parler à une France qui honnit la modernité et tout ce qui s’apparente à ce que j’appelle le "Nouveau Monde".

 

 

Extrait de "Les Mains propres" de Corinne Lepage, publié aux éditions Autrement (1/2).

 

Source : Atlantico


http://www.atlantico.fr/decryptage/carrierisme-et-spins-doctors-comment-communication-tue-politique-petit-feu-corinne-lepage-1983205.html

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Grèce : nouveau départ ou chronique d'une déception annoncée ?

30 Janvier 2015, 16:43pm

Publié par Corinne Lepage

Corinne Lepage, présidente de LRC - CAP21

Corinne Lepage, présidente de LRC - CAP21

L'arrivée au pouvoir de Syriza doit permettre de trouver un nouvel équilibre entre la rigueur financière et la croissance, les attentes des milieux financiers et les souhaits de la population européenne. Mais l'alliance politique nouée par Tsipras avec les conservateurs pourrait conduire à une crispation plutôt qu'à une recherche de solution consensuelle entre l'UE et la Grèce.

 

La victoire historique de Syriza s'explique assez facilement au regard des conséquences dramatiques de la politique de « purge » infligée à la Grèce, qui a largement dépassé les bornes de ce que pourrait être une politique d'austérité. Elle s'explique aussi par une corruption massive, qui touche la classe politique grecque avec comme ramification un système fiscal parfaitement inique qui exclut de l'impôt le monde des armateurs comme celui de la cléricature d'une part, une fraude généralisée qui a permis l'entrée du drachme dans l'euro, fraude organisée grâce à des relais bancaires jamais poursuivis et qui ont été ensuite les premiers à exiger le remboursement de la dette...

C'est ce système parfaitement injuste et malhonnête qui explique aussi le vote massif en faveur d'un mouvement jeune qui a pris l'engagement de réduire le fardeau de la classe moyenne et des plus modestes et de s'attaquer à des privilèges injustifiables. Cette situation à elle seule suffit à expliquer que la France n'est pas la Grèce et que la situation économique et sociale de nos deux pays n'est pas comparable.

Echec des institutions européennes

Pour autant, un certain sens de conclusions peuvent et doivent être tirées. Tout d'abord celle d'un échec des institutions communautaires et surtout de leur politique à prendre en considération les besoins et les désirs élémentaires des peuples pour préférer une Europe imposée d'en haut, qui a fait le choix de la rigueur financière au détriment de la croissance et du progrès à minima humain à défaut d'être social. La BCE comme la commission ont senti le vent du boulet et commencé une autre politique.

Qu'il s'agisse du plan Juncker en faveur de l'investissement ou de la nouvelle politique financière et budgétaire lancée par la BCE la semaine dernière, il est clair que l'Europe de la croissance et du bien-être des peuples est de nouveau audible. Des lors, un aspect positif des élections grecques est probablement de trouver un nouvel équilibre entre la rigueur financière et la croissance, les attentes des milieux financiers et les souhaits de la population européenne. Ce nouvel équilibre ne peut être que favorable à la perception de l'union européenne par les Européens et le fait que le nouveau premier ministre grec ait en fin de campagne manifesté sa volonté de rester dans l'Europe et dans l'euro est un signe prometteur comme le sont les sondages réalisés en France ces derniers jours qui montrent un réel attachement de nos concitoyens à l'Europe.

Une alliance politique préoccupante

Cependant, l'accord passé avec un mouvement de droite souverainiste pour exercer le pouvoir créer un sentiment très ambigu. Il explique parfaitement les raisons pour lesquelles en France, Marine Le Pen comme Jean-Luc Mélenchon n'ont cessé d'occuper les tréteaux médiatiques du week-end et de ce début de semaine pour se targuer de ce résultat qu'ils avaient appelé de leurs vœux. Cette rencontre entre l'extrême droite et l'extrême gauche qui se fait sur le dos de l'Europe n'est pas nouvelle mais elle est très préoccupante. En effet, le clivage qui en résulte n'a plus rien à voir avec les clivages traditionnels, ce qui ne serait pas en soi-même un souci s'il n'était pas porteur d'une forme de régression et de repli sur soi. De plus, cette combinaison risque de conduire à une crispation plutôt qu'à une recherche de solution consensuelle entre l'union européenne et la Grèce. Or, les discussions avec la Grèce sont très importantes seulement pour que la Grèce puisse sortir de la situation insoutenable dans laquelle elle est, mais encore pour l'unité de l'Europe et le retour à une véritable dynamique économique et politique.

Reprise en main par les citoyens

En définitive, derrière les discussions entre les gouvernements, l'évolution des opinions publiques européennes est essentielle. Les élections grecques ne peuvent que convaincre quiconque qu'on ne peut impunément gouverner contre la société et au mépris des principes élémentaires d'éthique. Reste à passer des paroles à la pratique ; la reprise en main par les citoyens grecs de leur destin qui ne signifie pas que l'entrée en lice des citoyens se traduise nécessairement par des élections à l'extrême gauche. Le succès du gouvernement grec passe évidemment par des compromis avec la troïka et les institutions européennes. L'échec que personne ne peut souhaiter mais qui n'est pas exclu traduirait cette incapacité de l'extrême gauche à trouver des solutions compatibles avec un système mondialisé auquel tout pays appartient aujourd'hui et ne pourrait que plonger les Grecs dans un malheur encore plus grand sans parler des conséquences qu'une telle situation pourrait avoir sur l'Europe dans son ensemble. C'est une gageure. Souhaitons qu'elle soit réussie

 

Source : La Tribune

http://acteursdeleconomie.latribune.fr/debats/opinion/2015-01-30/grece-nouveau-depart-ou-chronique-d-une-deception-annoncee.html

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Après Charlie : la démocratie de notre pays a des faiblesses. Recréons un modèle français

30 Janvier 2015, 13:08pm

Publié par Corinne Lepage

Les Français ont rendu hommage aux victimes des attentats, place de la République, le 11 janvier 2015

Les Français ont rendu hommage aux victimes des attentats, place de la République, le 11 janvier 2015

LE PLUS. Et maintenant, que faire ? Si les attentats terroristes qui ont marqué la France début janvier ont abouti à un sursaut d'une partie de la population, qui a défilé en masse, il faut aller plus loin, explique l'eurodéputée Corinne Lepage, auteur de "Les mains propres" (Éd. Autrement). Notre société est rongée par d'importantes difficultés que nous ne pouvons plus ignorées.

Édité par Sébastien Billard 

 


 

 

Après les drames de Charlie et de l’Hyper Cacher, nous avons la possibilité de recréer la marque France.

 

La question est bien sûr celle de nous attaquer aux problèmes de fond, en arrêtant de nous mettre un bandeau sur les yeux, qu’il s’agisse de nos banlieues et de la relégation sociale, du drame du chômage, de la réponse adaptée à la guerre qui nous est lancée par les facho-islamistes ou de notre stratégie (ou plutôt absence de stratégie) en matière énergétique et industrielle.

 

Mais tous ces cancers qui rongent notre société ne peuvent être combattus et a fortiori anéantis que si la société dans son ensemble se mobilise.

 

Un fonctionnement démocratique à faire évoluer

 

Les immenses manifestations de la semaine du 11 janvier, dont il convient de rappeler encore et encore qu’elles étaient spontanées et que le corps politique a suivi la réaction de nos concitoyens et non l’inverse, prouvent la capacité de la société civile à défendre ce qu’elle estime essentielle, c’est-à-dire ce qui la réunit, au-delà des origines et des options politiques.

 

Pour autant, comme l’a rappelé le président de la République lui-même, aucun des problèmes qui existaient avant le 11 janvier n’est aujourd’hui résolu. Et c’est aux racines mêmes de notre fonctionnement démocratique et aux dérives du fonctionnement des partis politiques qu’il convient de s’attaquer, si nous voulons être collectivement à la hauteur et de la mobilisation du corps social et des défis qui nous sont lancés.

 

L’unité nationale a, momentanément, répondu à l’aspiration très profonde de nos concitoyens de faire front commun. Mais nous savons tous que "l’esprit du 11 janvier" ne survivra ni aux mauvaises habitudes des partis politiques ni aux petits jeux politiciens.

 

C’est en réalité la gouvernance elle-même qui est en cause, non pas la gestion de la semaine du 11 janvier qui a été remarquable et que tous nos concitoyens mettent justement à l’actif du couple exécutif sans oublier le ministre de l’Intérieur, mais celle de la gouvernance dans la césure qui demeure entre société civile et classe politique, les pratiques financières du monde politique et dans le mode de prise de décision.

 

Ne pas instrumentaliser la mobilisation du 11 janvier

 

Tant que ces sujets-là n’auront pas été mis clairement sur la table, nous n’en sortirons pas. Or les jours qui viennent vont démontrer que nous en sommes bien loin.

 

Entre le procès Bettencourt qui a débuté le 26 janvier, la loi Macron qui vise à réduire la participation des citoyens à l’élaboration des grands projets et dans le même temps le pouvoir des juges, la multiplication des projets élaborés en souterrain et qui se heurtent bien sûr à une opposition farouche des populations, le projet de loi santé qui traite comme quantité négligeable des questions de prévention et veut ignorer la situation de l’immense majorité des médecins, les thèmes ne vont pas manquer pour démontrer que rien n’a changé dans la manière de décider et dans celle de considérer les citoyens.

 

À ceci s’ajoute une instrumentalisation autour des assassinats du 11 janvier, les uns pour pousser vers un communautarisme de bon aloi, qui au nom du multiculturalisme veut nuancer la laïcité et la liberté d’expression lorsqu’elle pourrait avoir une connotation dite blasphématoire, les autres pour prôner au prétexte de la sécurité, des atteintes fondamentales aux valeurs de la République.

 

Ce que les millions de Français qui ont manifesté souvent en famille ont exprimé n’est ni l’un ni l’autre.

 

S'appuyer sur les piliers de la marque France

 

D’une certaine manière, notre réaction collective a été exemplaire et vue comme telle par de très nombreux citoyens des autres pays du monde. La fermeté sur les principes de laïcité et de liberté d’expression mais aussi une véritable fraternité se sont exprimées et doivent être les piliers de la marque France.

 

C’est sur ces piliers que nous devons construire une gouvernance adaptée au XXIe siècle et non continuer d’accepter un système parfois corrompu mais toujours jacobin, ignorant la transversalité, la force et l’innovation la société civile et combattant souvent la créativité sociétale.

 

Sans doute, pourrait-on objecter que le risque terroriste indéniable impliquent un renforcement des mesures de sécurité et donc de contraintes sur les citoyens.

 

Ce n’est en rien contradictoire car des mesures exceptionnelles sont acceptables en démocratie a fortiori alors que le premier devoir d’une démocratie est de se défendre ses valeurs ce qui implique aussi de les défendre face à ceux qui les attaquent. La jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme est à cet égard parfaitement claire.

 

En quête d'un nouvel équilibre

 

En revanche, une telle évolution doit s’accompagner d’un comportement éthique incontestable et d’une réelle association des citoyens à toutes les décisions qui n’entrent pas directement dans le champ de la sécurité.

 

Ce n’est qu’avec ce nouvel équilibre qui correspond précisément aux transformations du XXIe siècle que nous pourrons affirmer et transmettre "la marque France" : un modèle efficace et éthique, c’est-à-dire permettre le respect et la coexistence pacifique des cultures et des religions au service d’une nation qui a confiance en elle-même, en ses citoyens et en son avenir.

 

Par 
Ex-ministre

 

Source  : Huffington Post

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1315138-apres-charlie-la-democratie-de-notre-pays-a-des-faiblesses-recreons-un-modele-francais.html

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Chez les policiers à 8 ans / Le Pen à 30% : à qui la faute ? #ONVPSM

29 Janvier 2015, 22:25pm

Publié par Corinne Lepage

 

Sonia Chironi recevait ce soir Isabelle Bordry (Vice-présidente de "Nous citoyens"), Alexis Corbière (Secrétaire national du Parti de gauche), Corinne Lepage (Présidente de Cap21 et auteure de l'ouvrage "Les mains propres, plaidoyer pour la société civile au pouvoir") et Xavier Couture (Producteur) qui reviennent sur l'audition, par la police, d'un enfant de 8 ans soupçonné d'avoir tenu des propos qualifiés d'apologie du terrorisme. Focus également sur le sondage publié par Marianne, qui place Marine Le Pen en tête du premier tour des prochaines élections présidentielles. Réagissez à l'émission en direct sur Twitter, via le hashtag officiel #ONVPSM

Émission avec Audrey Pulvar

 

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Auschwitz: tristement d'actualité

27 Janvier 2015, 09:25am

Publié par Corinne Lepage

Auschwitz: tristement d'actualité

 

HISTOIRE - La 70ème commémoration de la libération du camp d'Auschwitz-Birkenau revêt en ces temps troublés un intérêt certain.

Pour tous ceux qui ont fait le voyage de la mémoire et qui ont pu bénéficier des explications de survivants, c'est un moment inoubliable qui interroge profondément non seulement sur le mal absolu mais aussi sur la capacité que peuvent avoir les hommes de détruire, martyriser et d'assassiner. Comme de nombreux philosophes l'ont fait observer depuis, Auschwitz a profondément marqué l'histoire humaine. D'abord parce que le nazisme est né d'un des peuples les plus cultivés du monde et que cette culture n'a rien empêché. Ensuite, parce qu'à certains égards, Dieu est mort à Auschwitz.

Cette affirmation peut paraître curieuse dans un monde moderne où les religions jouent à nouveau un rôle considérable. Mais, le matérialisme qui domine le monde occidental trouve pour partie sa source dans la disparition des valeurs humanistes de base qui ont permis que 6 millions de juifs, de tziganes, de témoins de Jéhovah, d'homosexuels, d'opposants politiques ou d'asociaux soient assassinés dans l'indifférence générale. Ces deux constats ont bouleversé la vision optimiste que certains pouvaient avoir de l'Histoire, celle d'un progrès continu vers plus de civilisation et d'humanisme. Les atrocités auxquelles nous assistons aujourd'hui, en particulier venues des islamo-fascistes de Daesh ne peuvent que nous faire réfléchir.

Dans un très beau livre qui date d'une trentaine d'années, le Transport de AH, le philosophe George Steiner imaginait le discours qu'aurait pu tenir Adolphe Hitler, poursuivi par des jeunes en Amérique latine où il s'était réfugié, présentant sa politique de génocide comme un premier exemple de ce que la fin du XXème siècle avait été capable de dupliquer et d'« améliorer ». Les leçons d'Auschwitz n'ont manifestement pas été tirées par une humanité qui reste capable des plus grands crimes.

Mais, elles n'ont pas été davantage tirées en ce qui concerne l'antisémitisme. L'abjection que constitue le négationnisme est certes réprimée en France, au grand dam de certains mais ne l'est de loin pas dans tous les pays du monde. Ce refus d'admettre l'histoire et donc d'une certaine manière de tuer une deuxième fois les victimes est abominable et lourd de conséquences non seulement pour les juifs mais également pour tous les bourreaux qui peuvent ainsi espérer échapper au tribunal de l'histoire en créant de faux débats autour d'une réalité malheureusement incontestable. Les textes antisémites à commencer par le fameux protocole de Sion sont devenus des affaires très rentables pour des éditeurs spécialisés comme pour des Etats et les sites antisémites sur Internet se comptent à la pelle.

Dans notre pays, mais aussi dans d'autres pays d'Europe à commencer par la Hongrie, les juifs, 70 ans après Auschwitz sont redevenus des boucs émissaires et pire encore des cibles. En Belgique, les territoires se ghettoïsent, certaines écoles étant désormais de facto fermées aux enfants juifs. En France, depuis l'attentat de la rue de Copernic en 1980, les meurtres antisémites se sont succédé les uns aux autres. Ce, pendant que dans les écoles, dans les réseaux, le fait d'être juif est une raison d'être insulté, molesté, diffamé...

Aujourd'hui, beaucoup de juifs de France sont partis alors qu'ils se sentaient citoyens français parce qu'ils avaient peur que l'histoire se répète. Beaucoup sont dans l'expectative et l'immense majorité des juifs, républicains, de famille française pour certains depuis des siècles, se posent la question de leur avenir en France. Ce renvoi à une judéité qui chez beaucoup de laïques, ne s'exprime pas, est une résurgence de la politique nazie qui considérait comme juif toute personne ayant au moins deux ascendants juifs, indépendamment de sa religion et de sa pratique. C'est une régression insupportable, qui se traduit par un renvoi constant dans une certaine presse et sur internet ou sur les réseaux sociaux à une appartenance religieuse qui n'a aucunement lieu d'être.

À titre personnel, française jusqu'au bout des ongles, républicaine, défendant activement la laïcité et juive, je ne supporte plus les insultes antisémites dont je fais l'objet ou encore que mon mari, chrétien, se retrouve dans les moteurs de recherche ou sur des sites avec l'adjectif juif apposé à côté de son nom. Ce communautarisme forcé, imposé par des minorités venues aussi bien de l'extrême droite que de milieux islamistes intégristes est une menace pour la République dans son ensemble tout autant que pour les individus ainsi visés. Il faut remercier Manuel Valls d'avoir eu les mots forts qu'il a eu en rappelant que s'il n'y avait plus de juifs en France, la France ne serait plus la France. C'est un fait car cette guerre qui est lancée l'est non seulement contre les juifs, mais contre les valeurs de la République et aussi contre le système démocratique.

C'est bien d'un combat national qu'il s'agit et chacun devrait le comprendre.
C'est dire que 70 ans après Auschwitz, le sujet de l'extermination des juifs reste malheureusement un sujet d'actualité, une mesure de la situation démocratique de nos pays, un repère de l'équilibre du monde.

 

Source : Huffington Post

http://www.huffingtonpost.fr/corinne-lepage/actualite-auschwitz-daech_b_6550146.html

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