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Cap21/LRC Toulouse

#ParlonsVrai: risque de Black out : le monde à l’envers

16 Janvier 2017, 10:09am

Publié par Corinne Lepage

#ParlonsVrai: risque de Black out : le monde à l’envers

Le deuxième débat de la primaire de la gauche a permis de discuter de la question énergétique et la place du nucléaire dans le mix énergétique ce qui constitue un progrès indéniable par rapport à une situation antérieure dans laquelle le sujet n’était même pas soulevé.

Il a permis de constater que quatre candidats sur 7 manifestaient une parfaite incompétence quant au coût des différentes énergies en présence, marquant ainsi l’addiction habituelle de la classe politique française au bourrage de crâne de l’industrie nucléaire. Mais, il a été également très caractéristique de la manière dont les journalistes, qui sont également très impressionnés par l’industrie nucléaire, posent le problème du mix énergétique. Une seule question : qu’allez-vous faire des 220 000 personnes qui sont employées par l’industrie nucléaire ? Tout d’abord le chiffre est faux. Il s’agit de 125 000 personnes en emplois directs soit la moitié; en second lieu, ce n’est pas parce que certains réacteurs seraient arrêtés que les emplois seraient supprimés. En effet, la maintenance, puis les procédures de mise à l’arrêt, puis de démantèlement des centrales nucléaires exigent du personnel. Enfin, la qualification de ce personnel permet d’envisager une requalification professionnelle dans le secteur des énergies renouvelables dont un rapport récent de l’OCDE rappelle qu’il emploie six fois plus de personnes que les énergies conventionnelles pour la même production énergétique. Cette manière de poser le problème a évidemment pour but de rendre impossible par définition toute réduction du parc nucléaire puisqu’il entraînerait des suppressions de postes. C’est une vision de très court terme largement inexacte de surcroît qui s’apparente davantage à de la propagande qu’à un véritable argument.

Il en va exactement de même de l’argument sous-jacent au risque de black out : que ferions-nous sans nucléaire ? Autrement dit, le froid et le besoin d’électricité justifient le maintien de 75% de nucléaire dans le mix énergétique.

C’est faux et de surcroît particulièrement tendancieux.

En effet, si nous sommes aussi fragilisés au regard des pointes de consommation, c’est précisément à cause du nucléaire. C’est en effet le besoin de vendre à tout prix de manière constante de l’électricité qui a conduit à sur favoriser le chauffage électrique et par voie de conséquence la fragilisation en cas de pointe. La meilleure preuve en est qu’au niveau européen, en cas de pointe due au froid, c’est la France qui représente 50% de la surconsommation européenne.

De plus, s’il y a aujourd’hui des difficultés d’approvisionnement, c’est en raison du mauvais état des centrales et du fait qu’un certain nombre d’entre elles sont arrêtées pour des raisons de sûreté. Or, pression est faite pour sur l’autorité de sûreté nucléaire pour alléger les contrôles, repousser des mises à l’arrêt pour maintenance et autoriser le redémarrage de centrales qui devraient être maintenues à l’arrêt (lire l’article au sujet de l’ASN). Cette prise de risque volontaire est un très mauvais signal quant au sérieux du contrôle et à l’indépendance de l’autorité de sûreté nucléaire. Devoir choisir entre sécurité ou approvisionnement est un choix cornélien que seul un changement d’orientation peut éviter. Or, c’est tout le contraire qui se passe puisque le lobby nucléaire arrive à faire croire que c’est avec plus de nucléaire et un nucléaire moins sécurisé que l’on pourra le mieux répondre aux besoins des Français. C’est le monde à l’envers.

Bien au contraire, c’est avec un mix énergétique fondé sur une pluralité d’énergies renouvelables, avec lesquels il est possible de jouer en fonction des lieux et de la météorologie, que nous pourrions au mieux à la fois répondre aux besoins et assurer notre indépendance énergétique.

Car, et c’est probablement la cerise sur le gâteau, le nucléaire est le choix de notre dépendance énergétique alors que le renouvelable est celui de notre indépendance. Quand parviendrons-nous à remettre le monde à l’endroit dans le domaine énergétique ?

 

Corinne Lepage

Vous connaissez mes engagements politiques, mais ma vie ne se limite pas à de la politique politicienne. Avocate, j’ai plaidé dans de nombreuses affaires liées à la défense de notre environnement. A travers de nombreux ouvrages j’ai décrypté le monde tel qu’il est et proposé des solutions pour améliorer certes notre environnement, mais aussi les conditions de vie de ceux qui le peuplent, de tous ceux qui espèrent mieux y vivre, de vous, de moi, de nous citoyens.

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