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Cap21/LRC Toulouse

Procès Xynthia : " Des numéros d'acteurs "

3 Décembre 2015, 10:17am

Corinne Lepage : « Je n'ai entendu ni regrets, ni excuses sincères. »

Corinne Lepage : « Je n'ai entendu ni regrets, ni excuses sincères. »

Au procès Xynthia, l'intervention des avocats des parties civiles hier était un avant-goût des réquisitions prévues ce matin.

 

Hier s'est ouverte la dernière ligne droite du procès en appel de la tempête Xynthia. Aux réquisitions qui seront portées ce matin par l'avocat général Thierry Phelippeau répondront les avocats de la défense cet après-midi et demain.

La parole a été donnée lundi aux parties civiles dont les avocats ont consacré temps et énergie à enfoncer les prévenus : l'ancien maire de La Faute-sur-Mer René Marratier, son ancienne adjointe à l'urbanisme Françoise Babin et le fils de celle-ci Philippe Babin, agent immobilier et président au moment des faits de l'association propriétaire de la digue au-dessus laquelle la mer avait versé cette nuit dramatique de février 2010.

" Nous avons droit à des numéros d'acteurs "

L'avocate Corinne Lepage, qui représente dans ce dossier cent quinze parties civiles ainsi que l'Avif, l'Association des victimes des inondations de La Faute-sur-Mer, a assuré le plus gros de la charge, dénonçant « le jeu de rôle » interprété selon elle par les prévenus. « C'est le drame de l'indifférence aux autres, a-t-elle martelé, un manque complet de compassion pour les victimes. Nous avons droit à des numéros d'acteurs. Je ne vois rien qui ressemble à un début de reconnaissance d'une faute, même morale à défaut d'être pénale. Je n'ai entendu ni regret, ni excuses sincères. »
Revenant sur les faits, Me Lepage a dénoncé « la communauté d'intérêts » qui, jusqu'à la tempête, « faisait fonctionner la mairie » et unissait selon elle René Marratier, les Babin mère et fils et, à l'époque, Patrick Maslin, conseiller municipal et entrepreneur de BTP (*). «Ils étaient réunis pour porter l'urbanisation à outrance de cette commune. » Selon elle, c'est cette vision politique qui a justifié l'impasse sur le bon sens et laissé passer des permis de construire accordés en dépit du risque d'inondation.

La comédie de la surprise totale

Me Lepage refuse de considérer René Marratier comme le petit maire incompétent et sans formation pour lequel il essaie, d'après elle, de se faire passer. « C'est au contraire quelqu'un de très compétent, à la tête d'une entreprise de vingt-huit salariés, un homme autoritaire qui n'a pas hésité à s'opposer aux préfets qui tentaient de faire évoluer les choses. »
Et l'avocate de devancer la défense : « On nous dit que ces élus ne pouvaient pas savoir, qu'on ne leur avait jamais parlé du risque de surverse au-dessus de la digue... C'est inexact : ils partageaient tous une parfaite connaissance de ce risque. » A demi-mots, l'avocate accuse même les prévenus de cynisme quand, pour résumer leur posture dans les temps qui ont suivi la tempête, elle lance à la cour : « Ils ont joué la comédie de la surprise totale ! »
Si elle reproche à René Marratier son inertie dans l'anticipation et la préparation au risque, rappelant son « obstruction systématique » à toutes les demandes de mise en sécurité formulée par l'administration, elle dénonce aussi son attitude dans les heures qui ont précédé le drame, stigmatisant « son manque total de réaction » malgré les alertes officielles qui lui avaient été adressées.
Et comme pour démontrer que l'action aurait pu, cette nuit-là, contredire le destin, elle rappelle les scénarios qui ont été décidés dans d'autres communes du littoral : « A Fouras, les élus sont allés eux-mêmes prévenir les habitants, un à un. Et il n'y a pas eu de morts. A Port-des-Barques, le maire et ses adjoints se sont rendus sur les lieux pour identifier toutes les maisons en danger et faire évacuer les habitants menacés. Et il n'y a pas eu de morts. »
« On nous dit que ce procès est le procès de tous les maires de France. Pas du tout ! Aucun maire n'a commis autant de fautes que M. Marratier : lui ne s'est occupé de rien !...»

(*) Patrick Maslin est décédé au début du procès devant le tribunal correctionnel des Sables-d'Olonne.

Emmanuel Touron

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