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Cap21/LRC Toulouse

Corinne Lepage : “il faut arrêter de parler et agir”

27 Février 2015, 11:26am

Publié par Corinne Lepage

C. Lepage a été Ministre de l’Environnement. Elle évoque pour Blasting News la visite de François Hollande à Manille.

C. Lepage a été Ministre de l’Environnement. Elle évoque pour Blasting News la visite de François Hollande à Manille.

Blasting News : En tant que personnalité politique engagée dans la lutte pour la sauvegarde de l'environnement, qu'attendez-vous de cette visite de travail du Président français aux Philippines ?

 

Corinne Lepage : C'est une visite politique et symbolique. Nous avons besoin, pour qu'un accord soit possible à Paris (qui accueille la Conférence Climat en décembre prochain) de réunir le plus d'engagements possibles en amont, et ce partout dans le monde. Les Philippines, c'est un pays peuplé, en plein développement, un pays du Sud qui compte, et cette visite de travail est donc selon moi une bonne chose.

 

BN : Quel regard portez-vous aujourd'hui sur la politique environnementale du gouvernement Valls ?

 

CL : L'arrivée de Ségolène Royal au Ministère de l'Écologie a permis de débloquer un certain nombre de dossiers. Il faut bien avouer qu'avant son arrivée, peu de choses avaient été faites et on pourrait même dire que beaucoup de choses avaient été défaites, je pense notamment aux questions sur les pesticides ou aux aspects énergétiques. Madame Royal a de réelles convictions, même si elle ne peut pas toujours accomplir tout ce qu'elle voudrait. J'en parle en connaissance de cause, ayant moi-même occupé ce poste (entre mai 1995 et juin 1997 dans les gouvernements Alain Juppé I et II). Il y a donc des choses positives, et d'autres qui le sont moins : la loi sur la transition énergétique est trop faible, trop peu d'options sont prises pour le futur, notamment en ce qui concerne le nucléaire, domaine où on observe une volonté de poursuivre sans la nommer, une entreprise leader du marché au bord de la faillite, et où on demande aux contribuables de mettre la main à la poche.

 

BN : Les bonnes volontés se heurtent aux réalités économiques, aux lobbies et aux intérêts personnels, comment y remédier ?

 

CL : Il ne faut pas avoir une vision purement idéaliste. Aujourd'hui, il ne peut y avoir une économie en bonne santé sans prise de conscience écologique, et ceux qui pensent le contraire se casseront la figure. Le redémarrage industriel et économique de notre société passe par le mariage entre l'économie écologique, environnementale, et l'économie connectée.

 

BN : La conférence du climat approche à grands pas. Fait-elle figure de dernière chance ? Peut-on espérer que de réelles décisions y soient prises ?

 

CL : Je ne veux plus employer ce terme de dernière chance. En 2009, à la Conférence sur le Climat de Copenhague, on parlait déjà de dernière chance, et pourtant depuis, rien n'a été fait. Aujourd'hui, c'est vrai, la crise climatique est plus prégnante, beaucoup plus visible, et plus on attend pour agir, plus il sera par exemple difficile de maintenir à deux degrés le réchauffement climatique d'ici à la fin du siècle, et plus il devient urgent de prendre des mesures.

 

BN : Quels sont selon vous, aujourd'hui, les principaux enjeux écologiques et environnementaux, en France et dans le monde ?

 

CL : Le premier, c'est bien évidemment le climat. Ensuite vient la santé, et les problèmes de santés liés aux questions climatiques et environnementales, c'est au moins aussi important. Il y a aussi les problèmes de biodiversité, les questions liées à la qualité de l'eau. Ce sont des combats qui me sont chers : j'ai créé Cap21 (Citoyenneté, action, participation pour le xxie siècle, fondé en 1996) qui a décidé d'être plus acteur que parleur, qui participe et encourage la mobilisation de la société civile, d'ailleurs de plus en plus présente. C'est sur le terrain que doivent se passer les choses désormais. Les discours n'ont aucun intérêt, il faut agir, et d'ailleurs la mobilisation des pays du Sud est formidable, alors que l'Europe risque à ce rythme de passer à côté. La position de la France par exemple sur les biocarburants n'est pas brillante. Il faut arrêter de parler, et faire. Il faut être cohérent, arrêter de dire quelque chose et de faire le contraire.

 

Source : Blasting News

http://fr.blastingnews.com/environnement/2015/02/corinne-lepage-il-faut-arreter-de-parler-et-agir-00285207.html

 

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