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Cap21/LRC Toulouse

Statuts statufiés !

4 Janvier 2015, 07:00am

Publié par Richard Hasselmann

Ce qui suit va sans doute en indisposer certains, mais je fais le pari de voir l'objectivité du plus grand nombre et la réflexion, en conscience, de mes amis fonctionnaires, prendre le dessus.

Une récente réunion sur les blocages de notre économie et la lecture de rapports et tribunes me conduit en ce début 2015 à redire avec force ce que j’ai déjà dit et écrit tout au long de ma carrière. Depuis de longues années, avec d'autres, nous avons cherché, dans une démarche systémique raisonnée à isoler les verrous à tirer pour pouvoir enfin réformer.

En priorité absolue, n’en déplaise à un ancien Président de La République épris de "revenez-y", nous avons pointé le cumul des mandats et la longévité politique, qui est une particularité française, en forme de véritable statut par les droits acquis et autres rentes de situations. Le besoin d’un mandat local couplé à un mandat national pour rester au contact du terrain est une vieille rengaine éculée. Dans tous les cas, un simple mandat de conseiller municipal de base et un engagement associatif peuvent y pourvoir.

Nous y reviendrons, car à bien y regarder, cet acharnement et ce déni démocratique est allié à un autre : les statuts des fonctions publiques, car l’élu et le fonctionnaire, se confortent l’un l’autre, quand ils ne se confondent pas. Nous avons dit et écrit que tout ce qui est reconnu d’utilité publique doit être détenu par la puissance publique, ou délégué par elle.

Cela ne veut pas dire que ceux qui servent au sein de ses services doivent jouir d’un statut privilégié. Dans un cas l’employeur est la "collectivité nationale, locale ou hospitalière", dans l’autre le "citoyen-patron" ou le groupe de "citoyens actionnaires". Le contrat de travail doit être identique et unique, à durée indéterminée, avec des garanties et des devoirs.

Lors des travaux portant sur l’avenir d’un service public, et de tout temps, vous avez constaté que le seul vrai souci : c’est la protection de l’emploi à vie ! Je crois pouvoir l’écrire, car je l’ai vécu. Je suis entré dans la vie active, comme cadre du ministère des Finances, j’y ai donné le meilleur de moi-même dans des missions passionnantes et rencontré mes meilleurs amis.

Au bout de quelques années, j’ai fait le constat d’une dynamique bridée par le poids de ceux qui n’étaient pas concernés, sécurisés par un statut protecteur, quels que soient leurs degrés d’implication hiérarchique. Il y a de nombreuses exceptions qui confirment cette règle, mais elles sont en capacité de supporter le challenge.

J’ai fait le choix de démissionner sans cracher dans la soupe et rien renier, pour plonger dans le privé, industriel et de l'économie sociale et solidaire, celui de la concurrence, du résultat et de l’actionnariat ou de l'exigence légitime des adhérents. Dans le secteur public, correctement rémunéré, j’avais du temps pour ma vie sportive et associative. Dans le privé, également correctement rémunéré, j'ai abandonné beaucoup de mon temps libre, mobilisé par l’objectif de résultats des entreprises et équipes que j’ai eu la chance d’animer.

Voilà tout est dit, et cela explique pourquoi le fonctionnaire, fait beaucoup d’autres choses. On le retrouve ainsi, plus que d’autres, dans les associations, les syndicats, les mandats politiques cumulés, voire dans de petits boulots de complément, durant son temps libre.

Inconsciemment, qu’on le veuille ou non quand on sait que son emploi est assuré à vie, la mobilisation intime est moindre. C’est inhérent à la nature humaine, bâtie sur l'instinct de conservation. Il faut donc avoir le courage, comme pour ce qui concerne le cumul des mandats, de se pencher sans faiblesse ni complaisance électoraliste et clientéliste, sur ce statut des fonctions publiques, pour loger tous les citoyens sous la bannière d’un contrat de travail unique.

Cela ne veut pas dire précarité, au contraire, les collectivités publiques, employeurs (État, locale et hospitalière), seraient tenues de mieux rémunérer et de valoriser la performance individuelle. Cela ne déboucherait en rien sur des privatisations rampantes, et serait au contraire, un puissant stimulateur, pour que nos grands services publics et nos administrations disposent de ressources humaines impliquées, outil premier de résistance à toutes les concurrences.

Cela permettrait enfin de mieux mobiliser nos forces vives, dans les missions qui sont les leurs, éviterait les dispersions, et éliminerait l’un des leviers premiers du clientélisme politique : l’emploi public ! Le lecteur comprendra pourquoi nous lions cumul des mandats et statuts statufiés des fonctions publiques.

Pour conclure sur le mode plaisant en ce début 2015, une petite histoire, que nous aimions lors de mon jeune temps, dans les méandres du  Ministère des Finances, celui de la rue de Rivoli.

" Le Ministre visite les archives dans la cave et est surpris par les souris et les rats.
Il convoque le chef de service, et lui conseille d’y lâcher un chat !
Quelques mois plus tard, le Ministre s’informe de l’effet, et s’entend remercier pour une idée aussi géniale, avec des résultats spectaculaires.
Modeste, il explique que c’est pour cela qu’il est Ministre !
Une année après, lors d’une nouvelle visite impromptue, le Ministre constate que les souris gambadent de nouveau dans les archives.
Furieux, il convoque le chef de service, et demande ce qu’il est advenu du chat.
Penaud le fonctionnaire répond, il a été titularisé !"

À vos réflexions, à l’aube d’une année avec 2 rendez-vous électoraux, de nature à toutes les gesticulations pour abuser le citoyen électeur.

 

Richard Hasselmann / Président de LIBR'ACTEURS


Source : Les Echos 

http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-120589-statuts-statufies-1079888.php

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