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Cap21/LRC Toulouse

Après Charlie : la démocratie de notre pays a des faiblesses. Recréons un modèle français

30 Janvier 2015, 13:08pm

Publié par Corinne Lepage

Les Français ont rendu hommage aux victimes des attentats, place de la République, le 11 janvier 2015

Les Français ont rendu hommage aux victimes des attentats, place de la République, le 11 janvier 2015

LE PLUS. Et maintenant, que faire ? Si les attentats terroristes qui ont marqué la France début janvier ont abouti à un sursaut d'une partie de la population, qui a défilé en masse, il faut aller plus loin, explique l'eurodéputée Corinne Lepage, auteur de "Les mains propres" (Éd. Autrement). Notre société est rongée par d'importantes difficultés que nous ne pouvons plus ignorées.

Édité par Sébastien Billard 

 


 

 

Après les drames de Charlie et de l’Hyper Cacher, nous avons la possibilité de recréer la marque France.

 

La question est bien sûr celle de nous attaquer aux problèmes de fond, en arrêtant de nous mettre un bandeau sur les yeux, qu’il s’agisse de nos banlieues et de la relégation sociale, du drame du chômage, de la réponse adaptée à la guerre qui nous est lancée par les facho-islamistes ou de notre stratégie (ou plutôt absence de stratégie) en matière énergétique et industrielle.

 

Mais tous ces cancers qui rongent notre société ne peuvent être combattus et a fortiori anéantis que si la société dans son ensemble se mobilise.

 

Un fonctionnement démocratique à faire évoluer

 

Les immenses manifestations de la semaine du 11 janvier, dont il convient de rappeler encore et encore qu’elles étaient spontanées et que le corps politique a suivi la réaction de nos concitoyens et non l’inverse, prouvent la capacité de la société civile à défendre ce qu’elle estime essentielle, c’est-à-dire ce qui la réunit, au-delà des origines et des options politiques.

 

Pour autant, comme l’a rappelé le président de la République lui-même, aucun des problèmes qui existaient avant le 11 janvier n’est aujourd’hui résolu. Et c’est aux racines mêmes de notre fonctionnement démocratique et aux dérives du fonctionnement des partis politiques qu’il convient de s’attaquer, si nous voulons être collectivement à la hauteur et de la mobilisation du corps social et des défis qui nous sont lancés.

 

L’unité nationale a, momentanément, répondu à l’aspiration très profonde de nos concitoyens de faire front commun. Mais nous savons tous que "l’esprit du 11 janvier" ne survivra ni aux mauvaises habitudes des partis politiques ni aux petits jeux politiciens.

 

C’est en réalité la gouvernance elle-même qui est en cause, non pas la gestion de la semaine du 11 janvier qui a été remarquable et que tous nos concitoyens mettent justement à l’actif du couple exécutif sans oublier le ministre de l’Intérieur, mais celle de la gouvernance dans la césure qui demeure entre société civile et classe politique, les pratiques financières du monde politique et dans le mode de prise de décision.

 

Ne pas instrumentaliser la mobilisation du 11 janvier

 

Tant que ces sujets-là n’auront pas été mis clairement sur la table, nous n’en sortirons pas. Or les jours qui viennent vont démontrer que nous en sommes bien loin.

 

Entre le procès Bettencourt qui a débuté le 26 janvier, la loi Macron qui vise à réduire la participation des citoyens à l’élaboration des grands projets et dans le même temps le pouvoir des juges, la multiplication des projets élaborés en souterrain et qui se heurtent bien sûr à une opposition farouche des populations, le projet de loi santé qui traite comme quantité négligeable des questions de prévention et veut ignorer la situation de l’immense majorité des médecins, les thèmes ne vont pas manquer pour démontrer que rien n’a changé dans la manière de décider et dans celle de considérer les citoyens.

 

À ceci s’ajoute une instrumentalisation autour des assassinats du 11 janvier, les uns pour pousser vers un communautarisme de bon aloi, qui au nom du multiculturalisme veut nuancer la laïcité et la liberté d’expression lorsqu’elle pourrait avoir une connotation dite blasphématoire, les autres pour prôner au prétexte de la sécurité, des atteintes fondamentales aux valeurs de la République.

 

Ce que les millions de Français qui ont manifesté souvent en famille ont exprimé n’est ni l’un ni l’autre.

 

S'appuyer sur les piliers de la marque France

 

D’une certaine manière, notre réaction collective a été exemplaire et vue comme telle par de très nombreux citoyens des autres pays du monde. La fermeté sur les principes de laïcité et de liberté d’expression mais aussi une véritable fraternité se sont exprimées et doivent être les piliers de la marque France.

 

C’est sur ces piliers que nous devons construire une gouvernance adaptée au XXIe siècle et non continuer d’accepter un système parfois corrompu mais toujours jacobin, ignorant la transversalité, la force et l’innovation la société civile et combattant souvent la créativité sociétale.

 

Sans doute, pourrait-on objecter que le risque terroriste indéniable impliquent un renforcement des mesures de sécurité et donc de contraintes sur les citoyens.

 

Ce n’est en rien contradictoire car des mesures exceptionnelles sont acceptables en démocratie a fortiori alors que le premier devoir d’une démocratie est de se défendre ses valeurs ce qui implique aussi de les défendre face à ceux qui les attaquent. La jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme est à cet égard parfaitement claire.

 

En quête d'un nouvel équilibre

 

En revanche, une telle évolution doit s’accompagner d’un comportement éthique incontestable et d’une réelle association des citoyens à toutes les décisions qui n’entrent pas directement dans le champ de la sécurité.

 

Ce n’est qu’avec ce nouvel équilibre qui correspond précisément aux transformations du XXIe siècle que nous pourrons affirmer et transmettre "la marque France" : un modèle efficace et éthique, c’est-à-dire permettre le respect et la coexistence pacifique des cultures et des religions au service d’une nation qui a confiance en elle-même, en ses citoyens et en son avenir.

 

Par 
Ex-ministre

 

Source  : Huffington Post

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1315138-apres-charlie-la-democratie-de-notre-pays-a-des-faiblesses-recreons-un-modele-francais.html

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