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Cap21/LRC Toulouse

Marine Le Pen au pouvoir en 2017 ? Économie, international... Un cauchemar en 4 séquences

18 Novembre 2014, 15:01pm

Publié par Corinne Lepage

Marine Le Pen à Calais, le 24 octobre 2014

Marine Le Pen à Calais, le 24 octobre 2014

 

Si Marine Le Pen est élue en 2017 – ce qui est heureusement très peu probable – et si elle dispose d’une majorité parlementaire (ce qui est encore plus improbable), il n’est pas inintéressant de mettre les points sur les "i" et d’examiner les transformations institutionnelles inévitables qui s’en suivraient, et ce en quatre points.

 

Tout d’abord, les propositions de Marine Le Pen en ce qui concerne les étrangers, la sécurité, la mise en œuvre d’un certain nombre de discriminations se heurteront inévitablement à la censure du Conseil constitutionnel. 

 

1. Réformer le Conseil constitutionnel ? (Très) improbable

 

En effet, qu’il s’agisse du préambule de la Constitution, tel qu’il est aujourd’hui interprété par le haut conseil, ou des lois fondamentales de la République, elles excluront la prise de mesures phares auxquels Marine Le Pen a coutume de se référer. Dès lors, mise dans l’incapacité de disposer du corpus législatif qu’elle jugerait indispensable, elle n’aurait d’autre solution que de demander une modification constitutionnelle supprimant le Conseil constitutionnel ou restreignant considérablement ses pouvoirs.

 

Dans la mesure où le congrès, qui comprend l’Assemblée nationale et le Sénat, ne voterait pas cette modification, faute d’une majorité des trois cinquièmes, la seule solution serait de demander un référendum sur cette question dont il est peu probable qu’il aboutisse. Nous serions donc dans une impasse totale.

 

2. La CEDH et la CJUE sur le dos

 

De la même manière, la saisine de la Cour européenne des droits de l’homme serait probable sur un certain nombre de mesures législatives entraînant des sanctions à répétition de la France, certes sur la durée, compte tenu du délai procédure, mais qui ne manquerait pas de poser la question de l’appartenance de la France au Conseil de l’Europe et de la juridiction de la CEDH dont les valeurs sont difficilement compatibles avec celles du Front national.

 

De plus, la Cour de justice de l’Union européenne n’hésiterait pas à nous imposer des sanctions financières pour non transcription des directives européennes. Oui la situation peut encore être pire qu’aujourd’hui.

 

3. Fini la France dans l'Otan ? 

 

La question qui mérite également d’être posée est celle des engagements internationaux de la France. Le premier domaine, le plus délicat et le plus important est celui des alliances internationales. Il est de notoriété publique que le Front national et Marine Le Pen entretiennent des liens très privilégiés avec la Russie.

 

Il ne s’agit donc plus d’une critique des États-Unis mais bien d’un changement d’alliance puisqu’il s’agirait de remettre en cause l’appartenance de la France à l’Otan et à l’organisation atlantique. C’est donc une décision majeure qui conduirait dans le contexte actuel à soutenir la Russie contre l’Ukraine, à dédouaner Bachar al-Assad de tous ses crimes et à refuser sans doute la participation française à la coalition qui s’est mise en place contre Daesh. Nos concitoyens ont-ils bien conscience des conséquences d’un tel revirement qui n’a évidemment strictement rien à voir avec l’autonomie française au sein de l’alliance atlantique, qui s’est notamment concrétisée par le refus de participer à la guerre d’Irak ? Une telle rupture isolerait totalement la France en Europe.

 

4. Le fantasme de la sortie de l'euro

 

Le second type d’engagement concerne toutes les conventions internationales dans le domaine du travail et en particulier sur l’absence de discrimination ou l’indépendance des contrôles. Le programme du FN est incompatible avec un certain nombre de ces conventions.

 

Reste le plus important sans doute. La sortie de l’euro créerait évidemment une crise européenne sans précédent dans la mesure où les traités seraient remis en cause et par la même, la construction européenne elle-même.

 

Le dévissage de l’Union européenne serait inévitable. Or, même si les critiques contre l’Europe sont nombreuses, nul n’a envisagé jusqu’à présent les conséquences d’une disparition de l’Union européenne voire d’une Union sans la France.

 

Quant aux conséquences nationales, elles seraient catastrophiques pour le patrimoine public comme pour les patrimoines privés. Libellés en euro ou en dollars, nos dettes s’envoleraient avec un "franc Le Pen" profondément dévalué portant ainsi notre dette publique à des sommets.

 

Mais il n’y aurait pas que les dettes publiques. Chacun de nos concitoyens doit savoir que ses propres dettes, contractées en euro resteraient libellées dans cette monnaie ce qui signifie qu’elles augmenteraient dans des proportions très significatives. Autrement dit, la France s’appauvrirait en même temps que tous les français endettés, ce qui fait beaucoup de citoyens.

 

Un programme irréalisable (et heureusement !)

 

On peut ajouter à cela le peu d’empressement qu’auraient les institutions financières à nous prêter d’où l’envolement des taux d’intérêt, augmentant automatiquement la dette. Les précédents internationaux ne sont pas rares et ont toujours tourné de manière tragique.

 

Nos concitoyens sont du reste parfaitement conscients puisque près de 67% des Français ne voient pas Marine Le Pen gouverner.

 

Aussi, avant de voter pour Marine Le Pen, pensant soutenir un programme qui les ferait sortir de la misère et les difficultés, nos concitoyens devraient s’interroger sur la faisabilité du programme et sur les conséquences catastrophiques dans lesquelles il nous entraînerait, que ce soit sur le plan institutionnel ou sur le plan économique. Et ne parlons pas de plan éthique ! 

 


Ex-ministre

 

Source : L'Obs

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1279520-marine-le-pen-au-pouvoir-en-2017-economie-international-un-cauchemar-en-4-sequences.html

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