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Cap21/LRC Toulouse

Pourquoi l'indépendance énergétique passe par le photovoltaïque

7 Octobre 2014, 11:55am

Publié par Corinne Lepage

Corinne Lepage

Corinne Lepage

TRIBUNE Corinne Lepage revient sur la nécessité de la transition énergétique et sur les blocage liés à l'"oiligarchie".

 

"Quand le sage montre la Lune, l’imbécile regarde le doigt". Ce proverbe chinois illustre bien la situation dans laquelle on se trouve sur les questions énergétiques. La société civile a déjà ses yeux tournés vers la Lune, mais se heurte à une "oiligarchie" qui ne veut pas sortir d’un schéma financier qui la tuera, si elle ne sait pas muter. En 2013, dans un rapport, l’Agence internationale de l’énergie atomique présentait un bilan et des perspectives inquiétantes. Les champs existants déclinent en moyenne de 6% par an, et vont conduire à une hausse inévitable et inconnue des investissements.

De surcroît, depuis 2010, nous savons que la production de pétrole conventionnel (les quatre cinquièmes de l’offre actuelle) décroît. En face, d’ici à 2035, la demande de pétrole continuera à croître, de 87 à 101 millions de barils par jour. Même avec une hausse de 34 millions de barils par jour de capacités supplémentaires d’ici à 2020, cela ressemble à un défi insurmontable. La solution est de se tourner vers les pétroles non conventionnels malgré les multiples surcoûts de production induits par des techniques dangereuses. L’industrie se dirige aussi vers les pétroles de schiste, qui ne tiennent pas leurs promesses avec des déclins anticipés.

Un baril à plus de 120 dollars

 

Afin de pouvoir assurer le développement de ces nouvelles extractions, le prix du baril de brent va devoir dépasser  les 120 dollars. Le problème ? Dès qu’il passe au-dessus de 100 dollars, la demande se contracte et nuit au développement de l’industrie. Alors que la société civile avance et demande un changement de monde, pour l’instant, cette industrie reste sur son système sans trop tenir comptes des dégâts qu’elle cause, les "externalités". Pour combien de temps encore ?

La conséquence de la condamnation pour la marée noire de l’Amoco Cadiz avait conduit à un lobbying industriel auprès des Etats pour mettre en place une convention internationale afin de limiter les indemnisations. En 2012, la Cour de cassation de Paris faisait tomber un pan entier de cette convention. Pour Deepwater Horizon, BP doit payer 42 milliards de dollars. En revanche, la justice ne s’est pas encore penchée sur
la responsabilité de cette industrie sur le réchauffement climatique. Cela aurait pu être le cas lors de Katrina ou Sandy, mais ce n’est que partie remise faute d’un lien de causalité à un événement précis.

Les conséquences des retombées financières

Enfin, l’industrie pétrolière est soumise à une forte pression liée aux conséquences des retombées financières. Qatar, Arabie saoudite, Iran, Russie : la dimension géopolitique de l’or noir et ses conséquences sont de moins en moins acceptables pour les opinions publiques. Ainsi, la tentative d’indépendance énergétique par le biais des gaz de schiste aux Etats-Unis a pour conséquence un rééquilibrage de la diplomatie américaine. En termes de politique interne, le débat sur l’énergie a tenu une place importante lors du référendum pour l’indépendance écossaise face à Londres. Mais la réelle indépendance énergétique n’est pas celle qui se base sur du fossile. La vraie indépendance est celle du soleil, du vent, de l’eau, de la mer et de la terre. A ce jour, l’énergie la moins chère pour 4 milliards d’habitants sur cette planète est le photovoltaïque. Quand les énergies renouvelables voient leurs prix baisser, les énergies fossiles – sans prendre en compte l’intégralité des externalités – ne font inexorablement que tendre à la hausse, surtout en prenant en compte les nécessaires investissements à venir.

Ce n’est pas une lubie d’écologiste de soutenir la transition énergétique, mais bel et bien le cœur des questions économiques et sociales. Et c’est une réalité. L’an dernier, 58 % des capacités installées en Chine étaient dans le renouvelable, contre 42 % pour le charbon, le gaz, le nucléaire et le pétrole. En 2001, les mêmes niveaux étaient respectivement de 19 et 81 %. Les facteurs démographiques, climatiques, économiques et sociaux sont prédéterminants sur l’évolution de notre mix énergétique mondial. Les pays en développement se passent des réseaux centralisés pour aller directement vers la décentralisation énergétique. La société civile est en avance sur ces thèmes, par rapport aux politiques et aux tenants d’un système qui tente de s’accrocher à un modèle révolu. 

Par Corinne Lepage, avocate, ex-ministre de l'Environnement, présidente du Rassemblement citoyen. 

 

Source : Challenges

http://www.challenges.fr/tribunes/20141007.CHA8610/pourquoi-l-independance-energetique-passe-par-le-photovoltaique.html

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