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Cap21/LRC Toulouse

40 ans d’écologie en France, des succès mais combien d'échecs !

21 Août 2014, 15:05pm

Publié par Corinne Lepage

Alors que se tiennent actuellement les journées d'été d'Europe-Ecologie les Verts, l'ancienne eurodéputée Corinne Lepage propose un bilan de l'écologie en France.

 

Le 40e anniversaire de la candidature de René Dumont à l’élection présidentielle est une excellente occasion de dresser un bilan de 40 ans d’écologie en France. L’écologie ne se réduit naturellement pas à l’écologie politique. Et, heureusement ! En effet, les principaux succès que les combats écologiques ont pu rencontrer en France ne doivent que bien peu à l’écologie politique. Certes, il y a eu de grandes avancées juridiques dues au législateur comme les lois sur les études d’impact (1976), les déchets (1975), les installations classées (1976 et  1992), l’eau (1964 et 1992), l’air (1996), le bruit et le paysage et bien sûr la charte de l’environnement inscrite dans la Constitution (2004). Mais l’essentiel de ces lois a été voté par des majorités de droite généralement très allergiques à l’écologie politique.

 

Et, depuis une vingtaine d’années, l’essentiel des progrès dans le domaine du droit de l’environnement est venu de l’Union européenne. Les combats gagnés l’ont été le plus souvent grâce aux mouvements associatifs, à la mobilisation civile et à des procès retentissants : Amoco-Cadiz qui a jugé de la responsabilité des maisons mères pour leurs filiales, ce que le droit français ne reconnaît toujours pas, Erika qui a établi en France la réparation du préjudice écologique, le procès des algues vertes également… La mobilisation des scientifiques, des juristes et des faucheurs volontaires a permis d’éviter la mise en culture d’OGM, comme celle des associations et des collectivités locales l’exploitation des gaz de schiste.

L'écologie politique en cause

Mais, pour ces quelques succès dont certains ne sont de loin pas définitifs, combien d’échecs ! Premier pays utilisateur de pesticides dans l’Europe, pays le plus nucléarisé du monde, dernier grand pays européen pour le développement des énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, pays le plus diésélisé d’Europe, sols et eaux durablement contaminées, une aversion durable à une participation et même une information complète du public, un retard permanent dans la mise en œuvre du droit communautaire, on ne peut pas dire que le bilan de la France soit particulièrement brillant. L’écologie politique en est pour une part responsable.

En effet, tout d’abord, l’écologie politique a été incapable jusqu’à présent de s’unifier. Daniel Cohn-Bendit aurait peut-être pu y parvenir avec Europe-Ecologie si l’appareil des Verts n’avait pas pris le pouvoir avec le sectarisme qu’on lui connaît. L’unification et a fortiori le succès de la coopérative auraient obligatoirement conduit à changer radicalement la manière de faire la politique en donnant une large part du pouvoir à une société civile sans laquelle l’écologie ne peut pas exister. Au lieu de cela, la nomenklatura de EE-LV a donné la pire image partisane qu’elle pouvait donner d’elle-même. La recherche du pouvoir pour le pouvoir avec l’abandon des fondamentaux, suivie d’un virage à la gauche de la gauche pour une grande partie des cadres dirigeants a discrédité au regard de l’opinion publique l’écologie politique. Ce virage vers le front de gauche et l’anti mondialisme a deux conséquences : d’une part, il fait de l’écologie n’ont pas un objectif en tant que tel mais un simple instrument au service de la transformation sociale, autrement dit une variable d’ajustement utile dès lors qu’elle sert le véritable objectif. D’autre part, si elle peut séduire la partie située à l’extrême gauche de l’électorat conduisant à une course à l’échalote avec le front de gauche et le NPA, elle isole totalement l’écologie politique de l’immense majorité de nos concitoyens. Un certain nombre de responsables d’EELV et notamment les élus, à l’exception notable de Cécile Duflot, l’ont parfaitement compris et ont entrepris une démarche intéressante vers une autre vision de l’écologie politique.

L’écologie politique n’a pas su évoluer avec le changement de monde auquel nous assistons. Continuer à parler de décroissance, de fiscalité croissante, de contraintes supplémentaires dans un pays où le chômage ne cesse de croître, où la fiscalité est une des plus importantes d’Europe est une hérésie. Certes, d’autres voix venues d’une écologie positive et responsable se font entendre pour défendre le développement économique, le capitalisme entrepreneurial, la croissance de tout le secteur de l’économie verte et connectée. Mais, l’image que véhicule l’écologie politique dans l’opinion publique reste celle de la punition permanente, de la contrainte, du bâton. S’y ajoute désormais celle des combats traditionnels de l’extrême gauche y compris avec des voisinages parfois très hasardeux, notamment sur le plan international.

L'écologie politique est une nécessité

Et pourtant ! Jamais sans doute l’écologie politique a-t-elle été aussi nécessaire. D’abord parce que les enjeux majeurs, qu’ils soient climatiques et énergétiques ou sanitaires sont ceux de tous les humains et que le partage des défis, qui concernent l’humanité toute entière, devraient être un outil de rassemblement de toutes les bonnes volontés. Ensuite parce que ces enjeux majeurs, même si le chômage reste le souci numéro un des Français, sont très importants pour nos concitoyens à commencer par l’enjeu sanitaire sur lesquels les écologistes devraient être infiniment plus présents qu’ils ne le sont. Heureusement, de grandes associations comme Greenpeace, WWF ou France Nature Environnement…, les associations de consommateurs comme les associations spécialisées, font un travail immense. Ce sujet devrait être un des sujets prioritaires de l’écologie politique ; également, parce que l’écologie politique doit s’emparer de la nouvelle économie pour en être un des défenseurs le plus actif.

Dans un temps où la France et même l’Europe s’interrogent sur les secteurs de réindustrialisation, il est évident que la troisième révolution industrielle, qui marie énergie et internet, donne une direction à suivre pour relancer l’activité économique. La sortie progressive de la société du pétrole, qui nous donnera l’indépendance énergétique autant que politique, et de la société du nucléaire, qui libérera notre pays d’un risque majeur et d’une option énergétique devenue beaucoup trop coûteuse, permet de cibler les investissements, les formations et la consommation. Mais surtout, l’écologie politique est de nature à redonner du sens et donc de la confiance à nos concitoyens. Elle devrait être un pivot de recomposition politique orienté vers la société civile. Les consommateurs, les entreprises du Nouveau Monde, les associations, le monde médical trouveraient, si l’outil leur était proposé, un substrat commun pour un projet collectif porteur de sens et de valeur(s), dans tous les sens du terme.

Mais, pour ce faire, encore faut-il accepter d’abandonner quelques vaches sacrées et de sortir d’une valse des ego, qui n’aboutit à rien. Le temps de la maturité devrait être venu pour contribuer à sortir notre pays de l’impasse dans laquelle il se trouve.

Corinne LEPAGE Présidente de Cap 21

 

Source : Libération

http://www.liberation.fr/politiques/2014/08/21/40-ans-d-ecologie-en-france_1084337

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