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Cap21/LRC Toulouse

L'écologie politique n'est ni une punition, ni d'extrême gauche : il faut la renouveler

19 Juin 2014, 18:00pm

Publié par Corinne Lepage

LE PLUS. Ségolène Royal a présenté cette semaine le projet de loi sur la transition énergétique. Mais l’écologie politique a-t-elle vraiment encore une place aujourd’hui ? C'est la question que se pose Corinne Lepage, eurodéputée et présidente de Cap21. Elle propose une réflexion sur le sujet.

Édité par Hélène Decommer 

 

Eva Joly et Cécile Duflot au QG d'Europe Ecologie-Les Verts, le 26/05/14 à Paris (NICOLAS MESSYASZ/SIPA)

 

 

L’écologie politique a-t-elle encore une place aujourd’hui ?

 

La question peut paraître iconoclaste alors même que la ministre de l’Environnement présente le projet de loi sur la transition énergétique, symbole s’il en est de ce que devrait être un projet écologique global. Sauf que la loi est présentée par une ministre socialiste après qu’une responsable verte ait refusé le poste et… le projet.

 

Des écologistes oui, une écologie politique pas sûr 

 

Un point est sûr : EELV ne porte plus un projet écologiste mais a choisi, dans sa majorité, un projet de transformation radicale de la société dans un objectif social, l’écologie n’étant que le vecteur de cette transformation et non l’objectif. C’est ce qui explique le rapprochement de EELV avec le Front de gauche, comme à Grenoble et la récupération des questions écologistes par la gauche de la gauche.

 

Les autres formations écologistes, qui jusqu’à présent ont été incapables de se rassembler, ne pèsent pas sur le plan politique, dans un système parfaitement injuste dans lequel une formation ne peut obtenir une représentation nationale qu’à la condition de passer un accord avec l’UMP ou le PS, lesquels choisissent leurs affidés en fonction de l’air du temps.

 

Les autres formations politiques disposent toutes de personnalités dont la sensibilité écologiste est indéniable mais qui ne pèsent pour rien dans le programme général de leur mouvement respectif.

 

Au-delà, l’écologie politique a-t-elle encore un sens et surtout un avenir, c’est-à-dire correspond-elle encore à des convictions politiques partagées par nos concitoyens ?

 

Les Verts ont ancré l'écologie à la gauche de la gauche

 

L’écologie politique porte un projet de transformation de notre modèle de développement économique et social. En effet, en faisant des défis climatiques, sanitaires, de rareté des ressources, de destruction de la biodiversité les priorités, elle appelle à une autre économie et une autre organisation de la société. Mais, c’est là où le bât blesse.

 

Pour avoir voulu faire de ces sujets les moyens de transformation sociale par excellence, la lutte contre les entreprises et pas seulement celles de la finance ou les multinationales, les Verts ont voulu ancrer à la gauche de la gauche l’écologie déclenchant ainsi une hostilité massive de nos concitoyens, un sectarisme indéniable et un échec patent.

 

L’exemple le plus flagrant en a été la campagne présidentielle d’Eva Joly dont le plus grave n’est pas le score obtenu mais l’image détestable qui a été donné de l’écologie.

 

L'écologie ne peut pas se faire sans les entreprises 

 

Car l’écologie politique pourrait être la meilleure solution de sortie de crise ou plutôt d’entrée dans le Nouveau Monde. Sauf que ce Nouveau Monde ne peut pas se construire sans les entreprises et sans les financements de la transition énergétique et économique. Sauf que l’écologie politique n’est pas une punition, une sanction permanente, une réduction des espérances que chacun peut nourrir à titre individuel.

 

Elle doit et peut être un formidable espoir de mieux vivre. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication sont en train de bouleverser nos conditions de vie plus que toute décision de nature politique. Les propositions de Jeremy Rifkin pour une troisième révolution industrielle et un modèle plus coopératif sont évidemment celles qui offrent le plus de perspectives.

 

Car il n’y a évidemment rien à attendre de tous ceux qui veulent à tout prix le maintien avec quelques rustines du modèle actuel qui nous emmène dans le mur sur le plan économique industriel social et écologique.

 

L'écologie ne doit pas être strictement politique 

 

L’écologie politique doit à l’évidence se renouveler. L’écologie en tant que telle dans le contexte d’appauvrissement (pour l’immense majorité) qui est le nôtre ne peut convaincre nos concitoyens. Comment en effet se préoccuper d’après-demain lorsque l’on n’est pas sûr du jour même !

 

Les Verts l’ont parfaitement compris en choisissant de privilégier les combats sociaux les plus durs et les sujets sociétaux les plus clivants comme la dépénalisation de la drogue ou la GPA. Autrement dit la mort programmée de l’écologie.

 

Le renouvellement doit être d’une autre nature. Aujourd’hui, c’est le monde associatif qui porte largement la question écologique. Il a pour lui l’avantage d’être pragmatique, de mener des combats qui intéressent nos concitoyens au quotidien, qu’il s’agisse de santé, de qualité de vie, d’environnement, de transport ou d’énergie.

 

Il existe également un monde économique très éparpillé, en proie à la haine vigilante des tenants de l’ancienne économie, qui, de manière micro-économique, change la société. La partie économique de l’économie sociale et solidaire, les coopératives d’habitants, les fablab, les start-up de l’économie verte et l’économie connectée, l’agriculture durable, les entreprises de la vieille économie qui ont fait leur révolution autour de l’économie circulaire, autant de lieux qui inventent le monde de demain et déjà d’aujourd’hui. 

 

Il existe aussi un puissant mouvement contre la corruption et les trafics d’influence qui font perdre de vue l’intérêt général et minent la décision publique c’est-à-dire la démocratie.

 

Daniel Cohn-Bendit avait ouvert la bonne porte 

 

C’est à partir de cette réalité qu’il convient de construire l’écolonomie, puis la gouvernance qui y correspond. Autrement dit, le renouvellement de l’écologie politique passe par la société civile et non par des structures politiciennes qui ont parfois fait pire que leurs aînés.

 

Daniel Cohn-Bendit a ouvert une porte que d’autres se sont empressés de refermer : celle de la coopérative politique.

 

C’est cette porte là qu’il convient de rouvrir en associant, au-delà des postures politiques convenues, toutes celles et tous ceux, politiques et non politiques, qui veulent œuvrer là où ils sont, de manière authentique et honnête, à la construction de ce Nouveau Monde.

 

 

Source : Nouvel Obs

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1216206-l-ecologie-politique-n-est-ni-une-punition-ni-d-extreme-gauche-il-faut-la-renouveler.html

 

 

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