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Cap21/LRC Toulouse

Montée des extrêmes, tentation du repli : sur l'Europe, les slogans ont remplacé les idées

29 Avril 2014, 15:50pm

Publié par Corinne Lepage

Montée des extrêmes, tentation du repli : sur l'Europe, les slogans ont remplacé les idées

LE PLUS. À quelques semaines des élections européennes, les eurosceptiques marquent des points, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas ou encore en France. L'eurodéputée Corinne Lepage, présidente de Cap 21, met en garde contre la tentation du repli et ses dangers. L'intérêt national que ces mouvements nous vendent est un abus de confiance, explique-t-elle.

Édité par Sébastien Billard 

Nigel Farage et Nicolas Dupont-Aignan en meeting à Paris, le 13 avril 2014 (R. MAUVINIERE/SIPA).

 

"Patriotes" et "collabos". Voilà les mots lâchés par Nicolas Dupont-Aignan qui reprend la sémantique de la PME Le Pen.

 

Cette même Marine Le Pen est l’un des soutiens quasi inconditionnel de Vladimir Poutine en Ukraine face à la volonté des Ukrainiens de l’Ouest et de Kiev de se rapprocher de l’Union européenne. Tous les deux se veulent les soutiens des ouvriers. Les voilà autoproclamés appuis de la main d’œuvre française pourrais-je dire avec beaucoup d’ironie. Convergences des droites !

 

Et dans les soutiens à Poutine, on retrouve à l’UMP François Fillon ou Thierry Mariani. Mais on retrouve aussi quelqu’un comme Jean-Luc Mélenchon pour l’extrême gauche, ce qui illustre la convergence des extrêmes comme lors du non de 2005.

 

Les boucs-émissaires ne manquent pas

 

Le point de gravité de l’UMP a franchement dévié. Que penser d’un Alain Lamassoure, ex-centriste devenu souverainiste ? Que penser d’un Laurent Wauquiez qui vient chercher un peu de notoriété en mettant en porte à faux son parti sur le dos de l’UE ?

 

Même chose à gauche où la gauche du PS cultive un euroscepticisme depuis le référendum de 2005 et qui pèse aujourd’hui sur le parti contre l’Europe et contre l’euro.

 

Et dans un monde complexe, l’outil de communication est efficace et les boucs-émissaires ne manquent pas. Ce sont les plombiers polonais, les Roms, les patrons esclavagistes qui trichent en utilisant la directive "travailleurs détachés" – le contrôle de l’application de cette directive est à faire par des inspecteurs du travail français, or les mêmes qui critiquent cette directive sont aussi les premiers à attaquer les inspecteurs du travail.

 

D’une seule phrase, ils simplifient quelque chose de complexe pour en faire un argument de campagne. Les slogans ont remplacé les idées et la complexité du monde. Ils font parler les morts (de Jaurès à de Gaulle), utilisent l’uchronie et raisonnent au mieux Trente Glorieuses au pire XIXe siècle.   

 

Partisans du charbon, du pétrole et du gaz, ils n’ont pas compris la 3e révolution industrielle. Et les triangulations sont fortes. Entre l’eurosceptique lobbyiste de GDF-Suez ou les europhiles entretenant des "réseaux" dans les énergéticiens conventionnels et les partisans de l’atome, qui luttent contre l’indépendance énergétique de l’Europe, les convergences sont évidentes pour mettre sur le dos de l’Europe tout ce qui va mal.

 

L'heure est aux petits calculs politiques

 

De l’Ukraine presque tout le monde se moque. Et c’est un euphémisme. Je l’ai constaté sur place à de multiples reprises. En ce 26 avril, combien de politiques ont rendu hommage aux 800.000 héros des temps modernes qu’ont été les liquidateurs de Tchernobyl et qui ont sacrifié leurs vies pour la nôtre ?

 

Combien se soucient des milliers de personnes vivant en zone contaminée ? Combien se sont émus des velléités d’un français qui voulait aller faire un investissement agricole dans les zones contaminées ?

 

Allez dans les rues de Kiev et voyez le nombre d’enseignes de l’ouest, vous comprendrez d’ou viennent les intérêts de certains européens. Comprenez le fonctionnement de la corruption de ce pays pour comprendre les intérêts économiques de certains. Appréhendez notre dépendance au gaz russe pour comprendre les enjeux ukrainiens. Voyez les états économique et démocratique de la Russie pour saisir la stratégie de Poutine.

 

Oui, certains jouent de l’intérieur contre leur camps, ils se retrouvent très régulièrement aux extrêmes mais pas seulement. Combien de députés UMP et UDI ont eu le courage de voter sur une résolution sur la liberté de la presse en Italie ? Combien ont condamné la bise ostensible de Joseph Daul à Victor Orban grand démocrate dans l’âme ?

 

Quels calculs politiques peuvent conduire l’extrême droite, l’UMP, l’UDI, le MoDem et Jean Luc Mélenchon à voter contre une résolution au Parlement européen dénonçant les écarts de la Turquie avec le processus de Copenhague, la répression des manifestants, la corruption, le flicage des syndicalistes, les restrictions de la liberté sur le net…

 

Abus de confiance

 

Dans le même genre, voir Marine le Pen et Nicolas Dupont-Aignan faire la danse du ventre à l’affable Nigel Farage, pourfendeur de l’Europe régulatrice, qui nuirait aux banques anglaises qui siphonnent les trésoreries des entreprises de l’UE dans les paradis fiscaux que sont Jersey Guernesey et surtout la City, c’est avoir la nausée.

 

Quelle fauxcuserie de ce pourfendeur de l’euro alors que Londres est devenu la première place financière euro et qu’une partie du miracle britannique est dû aux paradis fiscaux, aux montages financiers et aussi à de faux chiffres et à des statistiques tronquées !

 

Oui, ceux qui s’annoncent sociaux sont surtout ceux qui votent ultra libéral et ultra conservateur. C’est une norme du genre comme aurait dit Audiard. C’était dans "Le Président", il y ajoute une phrase qui pourrait être la devise des eurosceptiques "Entre l'intérêt national et l'abus de confiance, il y a une marge".

 

C’est un intérêt national qu’ils nous vendent, c’est la ligne Maginot et en cela il s’agit d’un abus de confiance au XXIe siècle.

 

Par 
Eurodéputée

 

 

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