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Cap21/LRC Toulouse

La petite cuiller dans la piscine.

15 Février 2014, 18:10pm

Publié par Elisabeth Belaubre

Comment noyer le poisson à la petite cuillère ?
Comment noyer le poisson à la petite cuillère ?

Comment noyer le poisson à la petite cuillère ?

 

 

Du fait de ma délégation, je suis membre de la Commission Locale d'Information et de Concertation qui s'occupe de l'usine Herakles (ex-SNPE) située sur l'Île du Ramier. Elle est classée « Sévéso seuil haut », donc particulièrement dangereuse. Cette Commission, rendue obligatoire par la Loi, réunit à la Préfecture les exploitants, les salariés, les riverains, les élus de la Ville, de la Communauté urbaine, du Département et de la Région, ainsi que les administrations de contrôle.

 

Pour les écologistes et pour de nombreux riverains, la présence de cette usine au coeur de la ville est une anomalie. Surtout que, depuis l'accident AZF, son intérêt économique pour la ville (emploi) est devenu très faible car son activité a été réduite. Mais elle est toujours dangereuse : les risques d'explosion existent, et elle pollue l'air, l'eau et le sous-sol.

Le 20 septembre 2011, lors d'une des réunions de concertation, le Directeur de l'Usine, Monsieur Venzac, présente son fonctionnement. Il reconnaît que l'usine déverse chaque jour environ 1 kilo de Perchlorate (hautement toxique) dans la Garonne. Sur le ton de la plaisanterie, il minimise : Un kilo de perchlorate dans la Garonne, ce n'est jamais que l'équivalent « d'un quart de cuiller à café dans une piscine olympique ».

Moi, ce kilo de perchlorate, je le considère comme un crime contre l'environnement qui se commet tous les jours, au vu et au su des administrations et des élus, et qu'on accepte comme une fatalité, un dégât collatéral inévitable de l'activité industrielle. Mais lorsqu'une pollution est inacceptable, on ne doit pas l'accepter et on doit obliger l'industriel à faire autrement ! Toujours rendre possible ce qui est nécessaire

En lançant sa petite blague, le Directeur d'Héraklès  prétend établir une connivence : on est entre nous, n'est-ce-pas, on rigole ? Or non, on n'est pas entre nous ! Il a un intérêt économique et industriel à défendre, ce qui est légitime. Nous, nous représentons les Toulousains, les Haut-Garonnais, les habitants de Midi-Pyrénées, et nous devons répondre de leur sécurité et de leur santé. Nous devons l'obliger à revoir ses procédés industriels. Ça ne va pas lui plaire, et on va se retrouver un peu prisonniers des rires qu'on a échangés (vous pouvez penser ce que vous voulez, moi je l'ai constaté, c'est comme ça). Or les Toulousains ne nous ont pas mandatés pour échanger des risettes.

C'est pour cette raison que je me force à intervenir. Croyez moi, c'est difficile de prendre la parole quand tout le monde a l'air de trouver tout normal. Je me lance : Je dénonce l'emploi de cette nouvelle unité de mesure fantaisiste[1]. J'ajoute que je juge inacceptables ces rejets de perchlorates, et je réitère ma demande de visiter l'usine, demande que j'ai déjà plusieurs fois répétée depuis le début de mon mandat. Je suis en colère[2] et ça jette un froid … On n'a pas l'habitude et je vois bien qu'on n'aime pas ça ...

Ce n'est que deux ans plus tard, en 2013, que je suis enfin invitée à l'usine. Monsieur Venzac me reçoit très courtoisement, avec le sourire. Il est heureux de me montrer le nouveau traitement des déchets : Les rejets de perchlorate ont cessé ! Je suis évidemment contente de cette nouvelle. Mais je m'interroge : Pourquoi ne l'a-t-il pas fait avant ? Parce que personne n'avait eu le culot de l'engueuler, de dire stop ? Et je retrouve ma conviction de toujours : Les pouvoirs publics, les élus, doivent exiger des industriels des procédés de fabrication propres[3]. Ce n'est que comme cela que les recherches et les travaux nécessaires se font. Si les élus ne sont pas en première ligne avec cette exigence, poussés et confortés par les Associations, alors rien ne se fait. L'élu doit refuser d'entendre quand on lui dit « on ne peut pas », « ils ne voudront jamais » ou « personne ne fait comme ça ». C'est difficile de gagner du terrain pied à pied, tous les jours, sur les dossiers dérangeants. Je ne l'ai pas vu beaucoup autour de moi, même chez les élus écologistes, malheureusement.

Aujourd'hui, je réclame le déménagement de l'usine Herakles, toujours dangereuse.

J'ai besoin de vos votes pour imposer que ce dossier soit mis à l'ordre du jour. Le 23 mars, on vote...

 


[1] Par ailleurs les résultats projetés en « powerpoint » par M. Venzac sont exprimés en ppm et ppb, unités obsolètes depuis plusieurs dizaines d'années.

[2]Je m'étais déjà mise en colère à propos des ondes du Pylône de Bonhoure (voir la chronique sur le sujet).

[3]On dit toujours qu'il y a des impératifs économiques. Cet argument est caractéristique d'esprits peu entreprenants : Si on oblige les industriels à « produire propre », ils mettront au point des nouveaux procédés qu'ils pourront vendre et exporter. Mais on préfère polluer et ne rien faire. On attend que d'autres nous vendent leurs technologies propres? Il faut du courage !

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