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Cap21/LRC Toulouse

Elus: Donnez envie de faire de la politique!

25 Octobre 2013, 08:56am

Publié par L D

L’élu(e) qui fait son travail doit avoir la santé: une fois élu il ou elle doit découvrir tout un monde, ses rythmes, ses usages et ses codes, rituels et tabous, réseaux et combines. Il doit aussi continuer à se montrer à travers inaugurations et manifestations publiques plus ou moins médiatisées, « labourer le terrain » ou du moins l’occuper suffisamment pour ne pas être oublié ni donner l’impression de ne ressusciter qu’au moment des élections.

Son travail -s’il le fait bien- consiste aussi à occuper intelligemment son bureau, en dehors de la signature des parapheurs que son administration peut lui transmettre.

Tout en apprivoisant ses partenaires de travail (administration et élus) il doit découvrir des dossiers, se former, rencontrer, écouter, consulter, réfléchir, proposer puis affiner encore et après s’être défendu des attaques légitimes de l’opposition, enfin impulser après de longs mois une action politique.

Des écueils inattendus, autre que techniques (déjà réglés) surgissent parfois.

Alors que « ça passe » enfin «sur le papier», l’imprévu peut surgir du côté même où on ne l’attendait pas : des élus du même bord qui sont d’accord avec la proposition font blocages pour se mettre en avant ou affirmer un pouvoir.

C’est clair: les places sont chères, les mandats pas si longs et une énergie considérable et démesurément prenante doit être dépensée tous les jours pour s’occuper de son image et maintenir sa place.

On doit alors chercher à rester en vue souvent au dépend du contenu de l’action (le « faire savoir l’emporte sur le « savoir faire »). Il faut parfois imposer ses vues, réduire plus ou moins subtilement au silence les résistances ou les personnalités gênantes (ou qui pourraient le devenir, on est jamais trop prudent) alors que ce sont des alliés…

Fin du travail d’équipe, bienvenue dans le panier de crabes.

Mais enfin, vous êtes naïf?  ... Oui.

La politique « autrement » comme certains s'en réclamaient il n’y a pas si longtemps est-elle définitivement impossible? Ne peut-on éviter de trop se « bouffer le nez »? Peut- on tenter de travailler harmonieusement en poursuivant des buts communs alors qu’on a construit l’équipe pour ça?

La qualité des méthodes, leur « humanité » ou leur bienveillance, sont aussi nécessaires que le contenu même de ce que l’on fait. Le chemin choisi et la façon dont on le parcourt font partie du but que l’on se donne.

Ce qui est obtenu par le coup de force ou la combine a finalement peu de valeurs en ce que l’esprit général qui le porte n'est pas en adéquation avec ce qu’il prétend représenter: le véritable intérêt général passe aussi par la façon de le servir dans l’action, dans son parti politique comme dans l’action publique.

 Au triangle infernal1:

- simplification: simplifions pour se faire mieux comprendre (au risque du simplisme).

- globalisation: il faut avoir réponse à tout, notre programme doit porter sur tous les sujets, c'est une réponse globale (qui rassure?) qu'on attend de nous

- dramatisation: tout semble dépendre du pouvoir (libertés, revenus, vie en société..)

 

 Michel Rocard opposait en 1987 le tripode efficace :

- droit à reconnaître l’erreur,

- collégialité de l’intelligence,

- part du politique dans la définition du corps des valeurs.

 

Ce corps des valeurs ne doit-il pas être ce sol même sur lequel l’action politique s’inscrit? Une action où le bien commun passe dans l’attitude même de l’élu avec ses pairs, son administration et ses administrés, évitant les combines qui décomposent la démocratie.

Dans ce même ouvrage, à l’article « Morale » du glossaire (chapitre Signes), Michel Rocard écrit:

 « Ce qui est immoral finit toujours par être, en plus, inefficace »2

Pour de trop nombreux élus, que des pouvoirs parfois considérables transforment en notables pathologiquement dominateurs (tout en restant dans la légalité), la culture dominante du pouvoir devient la plaie de nos démocraties, l’hémorragie de nos urnes, la fortune des boutiques de pêche et l’antichambre des populismes et simplismes affligeants autant que dangereux : n’entendez vous pas de plus en plus ce terrible « bon sens » que certains nous vendent et qui risque de faire des ravages après les prochaines élections, quand on se réveillera... il sera peut être trop tard.

 

L’acte politique n’étant trop souvent plus que prétexte à médiatisation de soi, une prise de position apparemment «intelligente et de valeur», parce qu’elle cacherait d’autres enjeux moins avouables empèchera l’avènement de ce qu’elle prétend vouloir produire: une compréhension de la complexité des situations, un conseil avisé, une réconciliation constructive, un consensus qui débouche... bref, la gestion de la cité dans sa complexité et le respect de toutes ses composantes.

Du fait même de l’enjeu caché (mais souvent perçu!), cela produit justement le contraire de ce qui devrait l’accompagner: la méfiance des électeurs plutôt que l’adhésion et la participation, l’indifférence plutôt que la mise en co-responsabilité, la désertion des partis et des syndicats.

Cela décourage l'implication des citoyens en politique là même où "le politique" doit aider à ce qu'émergent de la population "civile" de nouvelles générations d'élus, renouvelant le vivier sur des bases saines et non des intrigues. On épuise une ressource sans s’occuper de son renouvellement.

Ce discrédit qui date de toujours en politique, on le voudrait réduit chaque fois que possible par une attitude humble et constructive de chacun, cherchant l’intelligence collective et l‘effacement des ego.

C’est de la responsabilité de l’élu de se refuser aux petites combines de votes ou d'appareil (aussi dans son parti) même s’il sait qu’elles n’apparaitront finalement pas ou qu’elles seront illisibles pour le grand public.

Comme le peintre ou l’écrivain doit choisir la qualité de son encre, le politique doit choisir la qualité de ses méthodes pour que même le trait de plume reste d’un matériau noble quand s'écrit l’action politique. Bien sûr, une fois l’encre sèche, on ne voit rien: pas vu pas pris! ... Mais la matière est là comme le ver dans le fruit.

Si le renouvellement des investitures de nos élus reste souvent nécessaire (pas à vie..) pour l’efficacité d’un élu expérimenté donc plus opérationnel et dont la politique peut alors davantage s’inscrire dans le temps long… cela ne doit pas excuser toutes les pratiques pour rester investi de la chose publique.

 « Les responsabilités de l’autorité publique sont lourdes. Il lui faut comprendre que tout ne dépend pas d’elle, qu’il lui revient surtout de redonner confiance, et d’inciter plutôt que d’ordonner. Il lui faut enfin, dans le bruit et la fureur de l’actualité bavarde, s’imposer le temps de penser et faire partager cette évidence que les seuls actes vrais sont porteurs d’avenir. »3

A travers les brumes de l'enfumage médiatique, si le citoyen parvenait enfin à percevoir l'élu sous cet éclairage, alors il pourrait imaginer que remontent du terrain les expériences utiles à la société, imaginer qu'il est écouté autrement que par clientélisme, il pourrait imaginer s'investir à son tour et parfois pouvoir devenir lui-même un élu sans y laisser sa santé et ses valeurs.

 

(1) Michel Rocard « Le cœur à l’ouvrage » - Seuil-Odile Jacob 1987 p 115-119

(2) idem. p 287

(3) ibid. conclusion p 344

 

Source :

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/959480-.html

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